«L’argent offre l’indépendance»

27 Octobre 2018 Par Jean-Michel Lalieu
Jean-Marie Ferber dans l’un de ses 13 salons de coiffure.
(Photo: Edouard Olszewski)

Tous les mois, dans Paperjam, une personnalité influente du Grand-Duché se livre à notre interview «Argent comptant». Au tour ce mois-ci de Jean-Marie Ferber, à la tête des salons Ferber.

Fourmi

Une devise par rapport à l’argent?

Jean-Marie Ferber: «‘L’échec et la réussite sont les deux faces de la même pièce.’ En cas de succès dans les affaires, les gens vous portent aux nues. Si vous échouez, les critiques arrivent alors très vite. Or, l’échec et la réussite sont des notions pas très éloignées. La deuxième: ‘Au cours d’une ascension, il vaut mieux regarder le chemin qu’on foule que se fixer sur le sommet.’ L’essentiel est de se mettre dans les conditions pour réussir et donner le meilleur de nous-mêmes. Enfin, parce que je l’ai vécu lors d’une phase financièrement difficile dans les années 1990, j’aime répéter que ‘l’argent offre l’indépendance’. J’ai vu la réaction des banques évoluer face à cette situation. Lorsque l’on a de l’argent, on peut négocier les taux; si on en a besoin, ce sont les banquiers qui vous les imposent.

Vous êtes plutôt cigale ou fourmi?

«Plutôt fourmi. Je veux épargner pour pouvoir me fixer de nouveaux objectifs et avoir le confort qu’une partie de l’investissement soit couverte.

Coût de ciseaux

Votre premier salaire?

«587 francs luxembourgeois mensuels (un peu moins de 15 euros) reçus en 1971 pour ma première année d’apprentissage dans un salon de coiffure. C’était moins que l’abonnement de bus pour m’y rendre. Or, l’horaire hebdomadaire prévoyait quand même 40 heures de travail et 8 heures de cours.  

Le premier achat qui a compté pour vous?

«En 1985, une paire de ciseaux d’une valeur de 400 euros, le salaire mensuel d’un coiffeur à l’époque, que je me suis offerte lors d’une foire à Londres. Elle provient de la fabrique japonaise de sabres samouraïs Matsuzaki et a la particularité de s’auto-aiguiser grâce aux différentes couches de métal posées à froid. Aujourd’hui, même si je m’en sers moins, ses lames coupent encore comme au premier jour. C’est un objet dont je suis très fier.

Et votre dernier achat coup de cœur?

«Il y a deux ans, nous avons acheté une maison dans le Var, une région de France que nous avons découverte en faisant de la moto et que nous aimons beaucoup. Nous y passons environ trois mois par an. Le but est de pouvoir s’éclipser et de laisser mes deux enfants, Laura et Lionel, prendre leur place dans l’entreprise.

Autoproduction

Avez-vous des passions qu’on pourrait qualifier de coûteuses?

«J’ai deux passions: la voile et la moto. Mais j’estime qu’acheter un bateau revient trop cher, notamment au niveau de l’entretien, je préfère en louer un de temps en temps. Si je parviens à trouver le temps de partir une semaine avec des amis ou en famille, ça me suffit. J’adore aussi faire des balades à moto sans but précis. Je partage cette passion avec ma femme, chacun sur sa moto.

Des choses pour lesquelles nous ne regardez pas à la dépense?

«Quand j’installe un nouveau salon, je veux toujours en faire un lieu phare. À chaque fois, le concept doit être original. Pour cela, je ne regarde pas au coût du projet. Le salon de la Belle Étoile, par exemple, nous a coûté en investissement plus de 450.000 euros il y a déjà 13 ans. Il a d’ailleurs été nommé dans le livre ‘Les plus beaux salons du monde’.

Est-ce que l’idée du manque d’argent vous fait peur?

«Non, j’ai été élevé dans un milieu où on ne roulait pas sur l’or. Mon père était laitier, ma mère avait son petit salon de coiffure. Ils avaient aussi une cinquantaine de bœufs qu’il fallait nourrir matin et soir. Je les aidais beaucoup. Dès l’âge de six ans, pendant les vacances, je me levais à cinq heures pour assurer les tournées avec mon père. En cas de souci, je serais tout à fait capable de vivre en autoproduction: cultiver des pommes de terre, élever deux cochons et une vache… Je saurais survivre, je ne serais pas malheureux. Mais la vie actuelle est quand même plus facile.

Cheveux et chaussures

À quels signes de richesse êtes-vous attentif?

«Je n’y suis pas trop attentif. Mais si je dois en citer, je pointerais d’abord des signes de soins des cheveux (rires) ou des dents. Puis, peut-être les chaussures, qui sont d’ailleurs un important outil de travail pour les coiffeurs qui passent leur journée debout. Mais j’accepte le fait que certaines personnes aient besoin de signes extérieurs de richesse pour se mettre en valeur. Je ne juge pas, j’essaie de comprendre comment la personne fonctionne.

Donnez-vous de l’argent à des associations?

«J’évite les grandes organisations qui emploient une grande partie des dons en frais de fonctionnement. Mais au niveau de l’entreprise, nous menons différentes opérations pour aider certaines causes. Par exemple, l’opération Movember pour la recherche contre le cancer de la prostate, ou consacrer une journée à coiffer les gens qui vivent dans la rue.

Vous investissez à titre personnel?

«Non, pas vraiment. De manière générale, les bénéfices de l’entreprise sont réinjectés dans l’activité. Nous disposons d’un cash-flow qui fait l’admiration de nos banquiers.

Pamplemousses 

Imaginons que vous gagniez une somme énorme à l’Euromillions…

«C’est une lubie dont je parle souvent, je m’offrirais une plantation de pamplemousses. J’en prends un tous les matins, j’aime beaucoup ce fruit.

Faites-vous souvent des cadeaux?

«Non, je ne suis pas très ‘cadeaux’. Pour Noël, par exemple, nous avons souvent fait le choix de passer quelques jours ensemble avec les enfants dans une grande ville, chaque année. Je pense que ceci leur a apporté une certaine ouverture d’esprit qui les aidera toute leur vie, afin de mieux relativiser.»

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