«L’argent offre l’indépendance»

12 Février 2018 Interviewé par Jean-Michel Lalieu
Colette Dierick
L’entrée dans le secteur bancaire de Colette Dierick résulte plutôt d’une coïncidence.
(Photo: Matic Zorman)

Tous les mois, dans Paperjam, une personnalité influente du Grand-Duché se livre à notre interview «Argent comptant». Au tour ce mois-ci de Colette Dierick, CEO d’ING Luxembourg.

La banquière

Madame Dierick, on rentre dans le secteur bancaire par intérêt/curiosité pour l’argent?

«Dans mon cas, c’est plutôt par coïncidence. Je souhaitais travailler à un haut niveau dans le monde des affaires. J’ai obtenu un diplôme d’ingénieur civil et je comptais me lancer dans un MBA lorsque s’est présentée une opportunité de réaliser un stage de deux ans dans une banque et d’en apprendre les mécanismes tout en obtenant un salaire. Je m’y suis beaucoup amusée et j’ai vu le rôle-clé joué par une banque dans la société. 

L’argent est la matière première de votre métier. Il sert à quoi?

«Faire tourner l’économie. Il y a encore des gens qui ne savent pas comment une banque fonctionne. La base de notre métier c’est d’injecter l’argent récolté dans l’économie. On n’en fait pas ce qu’on veut.

Les débuts

Une anecdote particulière?

«Pour mes 18 ans, mon grand-père m’a donné une somme assez importante pour me permettre d’étudier. C’était important, dans une famille d’indépendants rien n’est jamais assuré. ‘Quoi qu’il arrive, m’avait-il dit, tu pourras toujours étudier.’ Ce cadeau m’a fortement marquée. C’était une grande leçon: il m’offrait les moyens d’investir en moi.

Un souvenir de votre premier salaire?

«Oui, c’était décevant [rires]. C’était en Belgique, juste après mes études. Après un mois, j’ai rapidement réalisé la différence entre salaire brut et net. Ce n’était pas un salaire très élevé, mais j’étais déjà interpelée par le montant des taxes à payer. Mais c’était en Belgique...

Clichés

Que représente l’argent pour vous?

«L’argent en tant que tel ne m’intéresse pas vraiment. C’est ce qu’il permet de faire qui est important. L’argent offre l’indépendance, la liberté de décision. Celle de rester ou pas avec son conjoint et de quitter son employeur si on n’est pas d’accord avec ses valeurs.

«Les femmes sont plus dépensières que les hommes.» Un mythe?

«Oui, c’est faux! Il est clair que les femmes aiment faire du shopping. Mais c’est aussi plus difficile pour une femme de s’habiller. Dans les pays en développement, on voit que c’est aux femmes que l’on prête de l’argent pour subvenir aux besoins du ménage.

Et, chez nous, les hobbies des hommes sont souvent plus coûteux que ceux des femmes. 

Leçon d’investissement

De quelle manière investissez-vous?

«Suite à un voyage dans la Silicon Valley en 2014 avec d’autres entrepreneurs, nous avons lancé la société Zembro, qui produit un bracelet connecté pour surveiller les personnes âgées isolées. Depuis, Marc Coucke (un important homme d’affaires belge, ndlr) a repris la majorité des parts vu les besoins en liquidités. Aujourd’hui, je me suis retirée, mais c’est vraiment le genre d’investissement qui m’intéresse. 

Avant d’investir, des amis vous consultent-ils?

«Oui, mais je réponds que, même en étant banquière, je ne peux pas être spécialiste en tout. Et le conseil que l’on donne à une personne ne sera pas le même pour une autre… Ce n’est pas si simple.

Code secret

Quel est votre dernier achat coup de cœur?

«Comme beaucoup de femmes, j’adore les sacs. Lors d’un récent week-end à Milan, j’ai donc craqué pour un sac Fendi. C’est trop cher, mais c’est un très beau sac.

Avez-vous déjà connu des problèmes financiers?

«J’ai été élevée au sein d’une famille d’indépendants. Nous avons parfois connu des périodes difficiles. J’ai aussi été marquée par la perte de mon conjoint précédent dans un accident de voiture. J’avais 30 ans, j’étais au début de ma carrière et nous avions déjà acheté une maison… Je sais donc ce que cela représente de devoir compter. Mais ça m’a permis de connaître la valeur des choses.»

Bio express

Colette Dierick a pris la tête d’ING Luxembourg au cours de l’été 2016 en provenance de Belgique. Entrée en 1984 dans la banque – à l’époque la BBL –, elle a été general manager retail sales de 2006 à 2010 chez ING Belgique puis, à partir de 2011, head of retail and private banking au sein du comité de direction de la division belge. Elle fait déjà partie du conseil d’administration d’ING Luxembourg depuis 2010.

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