L’Aleps dénonce le manque d’infirmiers

27 Juin 2018 Par Audrey Somnard
L’Aleps craint que les pouvoirs publics se reposent sur la main-d’œuvre étrangère au détriment d’un enseignement local de qualité.
L’Aleps craint que les pouvoirs publics se reposent sur la main-d’œuvre étrangère au détriment d’un enseignement local de qualité.
(Photo: Licence C.C.)

Les professionnels de santé dénoncent le manque de personnel depuis longtemps, et l’association qui les représente, l’Aleps, espère trouver une oreille attentive auprès des politiques en précampagne électorale.

Manque de professeurs au Lycée technique de profession de santé (LTPS), formation inadaptée, infrastructures dépassées, Gilles Evrard, le président de l’Aleps, a dressé mercredi, lors d’une conférence de presse, un constat alarmant de la situation au Luxembourg.

Si les infirmiers sont en pénurie un peu partout en Europe, la main-d’œuvre étrangère ne pourra pas combler les manques sur le long terme.

Si les effectifs au LTPS ont augmenté de 32% l’année passée, le personnel enseignant, lui, n’a pas du tout suivi: «Les enseignants sont au bord du burn-out, prévient Gilles Evrard. Les effectifs ne changent pas alors que nous alternons théorie et pratique, nous sommes auprès de vrais patients».

Résultat, les départs en retraite dépassent le nombre d’enseignants-stagiaires.

Seuls 25% des effectifs continuent après le bac

Gilles Evrard, président de l’Aleps

Les politiques ont pourtant réagi mercredi, «le ministère a suggéré d’engager 12 personnes supplémentaires, ça m’a bien fait rire», estime le président de l’association, coincé entre trois ministères: «Pour les deux années jusqu’au bac, c’est le ministère de l’Éducation nationale. Pour les deux années après bac, c’est le ministère de l’Enseignement supérieur, le tout supervisé par le ministère de la Santé. Cela multiplie les interlocuteurs pour la profession».

Avec 32% d’inscriptions en plus, cela devrait pouvoir se ressentir dans le nombre d’infirmiers diplômés en fin de parcours. Pas du tout, explique Gilles Evrard: «Beaucoup d’élèves sont orientés vers cette formation juste pour avoir le bac et font toute autre chose après. Seuls 25% des effectifs continuent après le bac».

Pour rappel, alors que dans les pays voisins, la formation d’infirmier commence après le bac et dure trois ans, au Luxembourg, elle commence deux ans avant le bac, puis se poursuit par un BTS.

«Nous demandons à ce que la formation commence seulement après le bac, comme dans les autres pays. Cela évitera les grosses pertes en cours de route, et un bac+3 est plus valorisant qu’un BTS, c’est important pour une profession qui a besoin de reconnaissance».

Ce n’est pas sain de se reposer sur l’étranger pour la main-d’œuvre

Gilles Evrard, président de l’Aleps

Actuellement, 66% du personnel soignant est étranger. L’année passée, «seuls 10% des infirmiers assermentés étaient Luxembourgeois. Faut-il attendre que le dernier soit remisé au musée avant d’agir?» Gilles Evrard n’a rien contre les infirmiers français, belge et allemand, mais le multilinguisme cher au Luxembourg est devenu dans ce secteur particulier «une chance et un problème. Ce n’est pas sain de se reposer sur l’étranger pour la main d’œuvre. Il faut que le gouvernement prenne ses responsabilités».

Le deuxième LTPS est en discussion depuis 2000. La dernière date prévue de rentrée est pour 2020: «La problématique n’est pas nouvelle... J’aimerais ne pas encore attendre 20 ans pour que les problèmes soient réglés. En période préélectorale, les politiques sont plus à l’écoute, c’était le moment de faire entendre notre voix».

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