La révolution de l’«open banking»

05 Juillet 2018 Par Jean-Michel Lalieu
L’open banking décloisonne le monde bancaire et rend le client maître de ses choix concernant ses finances.
L’«open banking» décloisonne le monde bancaire et rend le client maître de ses choix concernant ses finances.
(Photo: Jonas Leupe

Dans la foulée de la directive PSD2, l’«open banking» s’impose comme le prochain grand défi pour le monde bancaire. Chacun devra se positionner dans un écosystème où produits, données et systèmes pourront être partagés.

Après la crise, puis la longue phase réglementaire qui lui a succédé, les banques sont désormais confrontées à un nouvel enjeu: l’ouverture à la concurrence et aux nouveaux acteurs proposant des services financiers sans avoir le statut de banque. Un vaste programme résumé sous la formule lapidaire d’«open banking», mais qui risque bien de changer radicalement la façon de travailler du secteur. «C’est effectivement un phénomène très important, le modèle de business est en train de se modifier», commente Marc Hemmerling, general counsel digital banking, fintech & payments à l’Association des banques et banquiers, Luxembourg (ABBL). «Les banques auront le choix d’être un producteur ou un fournisseur de services, voire de proposer un mix des deux.»

Si l’«open banking» est aujourd’hui un sujet d’actualité, c’est parce que des fintech ont développé des solutions technologiques plus simples que ce que proposent les banques. Dans le jargon à la mode, on dira qu’elles offrent une meilleure «expérience client», ce qui englobe des notions de rapidité, de facilité et de décloisonnement. En France et en Belgique, par exemple, les banques mettent de plus en plus à la disposition de leurs clients des applications qui leur permettent non seulement de se connecter à leur compte, mais aussi aux autres comptes ouverts dans des institutions concurrentes. Parce que ceux-ci veulent pouvoir simplifier la manière de gérer leurs avoirs dans un monde multibancarisé.

Partage et spécialisation

Cette ouverture des données des comptes bancaires, dans la mesure où elle était voulue par les consommateurs, a été imposée par l’Union européenne dans la directive PSD2. Entrée en application au début de cette année, elle impose aux banques de les fournir aux acteurs tiers, pour autant que le client ait marqué son accord. «C’est bel et bien cette directive qui a accéléré le mouvement de l’‘open banking’, même si les concepts étaient déjà bien connus des équipes spécialisées», notent Yves Baguet et Olivier Debehogne, respectivement chief operations officer et head of retail and digital banking à la Bil. Même si, au départ, le monde bancaire a peu apprécié l’idée de devoir partager les données de la clientèle, eux veulent voir dans cette nouvelle révolution «l’opportunité de pouvoir fournir des services supplémentaires à leurs clients ou d’élargir la clientèle pour leurs produits».

Comment? «Le principe de l’‘open banking’ est assez simple, résume Xavier Turquin, senior manager chez Deloitte Digital. Les banques développent des plates-formes – des API – pour se connecter et être connectées avec d’autres acteurs. À partir de là, elles peuvent mettre à disposition leurs produits et services vers le monde extérieur. Et, comme les autres le font aussi, elles vont disposer de nouveaux produits à offrir et, grâce à cela, garder le contact avec le client.»

Plutôt que de développer tous les produits et systèmes en interne, une banque peut décider de fonctionner comme un courtier et proposer, par exemple, un crédit voiture d’une banque concurrente si elle n’a pas développé d’offre de ce type en interne. Si, par contre, elle a développé un outil très performant pour l’identification des clients – le fameux KYC –, elle pourra de son côté proposer à d’autres institutions de le faire pour elles contre rémunération.

L’heure des choix

«Les banques se transforment un peu à l’image des constructeurs automobiles, résume Marc Hemmerling. Ceux-ci vendent certains de leurs composants sur le marché et fournissent leurs propres moteurs à d’autres constructeurs.» Mais, admet le spécialiste digital de l’ABBL, «ce ne sera pas un exercice facile. Au-delà des questions techniques, les banques se posent la question du rôle qu’elles entendent jouer à l’avenir: continuer à tout faire en interne, acheter et/ou vendre des produits et des systèmes à d’autres ou se contenter de se placer en tant que plate-forme intermédiaire.»

Selon Xavier Turquin, on verra à l’avenir des banques devenir de «grandes usines de crédit ou d’autres produits» qui laisseront la relation client à d’autres acteurs, comme Amazon ou Facebook, tandis que d’autres, bénéficiant de marques très fortes, se positionneront au niveau de la distribution. «Si on compare cela au secteur des téléviseurs, on voit qu’il existe encore des dizaines de marques mais, derrière, seulement une poignée de grands constructeurs», précise le senior manager de Deloitte Digital. Si l’«open banking» progresse à grands pas chez nos voisins, au Luxembourg le processus est plus lent. Parce que la clientèle se montre aussi moins empressée. «La réflexion s’accélère, les fintech nous poussent à sortir de notre zone de confort», insistent cependant Olivier Debehogne et Yves Baguet. Et si, au niveau de la Bil, la stratégie à adopter reste à affiner, une chose est sûre, l’objectif reste de maintenir le contact avec le client. «Nous voulons poursuivre notre activité vers le client et, dans cet esprit, nous positionnons nos points de contact en tant qu’élément important de notre stratégie, précisent les deux responsables. Et pour cela, nous devrons lui offrir ce qu’il veut, que nous le produisions en interne ou en travaillant à travers des partenariats.» Cette réflexion, à moyen terme, toutes les banques doivent la mener.

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