La librairie Alinéa revit en coopérative

16 Mai 2018 Par Céline Coubray
Alinéa
La librairie Alinéa est présente à Luxembourg depuis 23 ans.
(Photo : Olivier Minaire/archives)

En mai 2017, Edmond Donnersbach annonçait la fermeture de sa librairie, avant de revenir sur sa décision, face au soutien de ses clients. Un an après, Alinéa prend la forme d’une coopérative et connaît une nouvelle jeunesse.

«C’est compliqué aujourd’hui de trouver une personne qui accepte de prendre la succession d’une librairie», annonce d’emblée à Paperjam Edmond Donnersbach, propriétaire d’Alinéa à Luxembourg.

«En discutant avec des amis, l’idée de transformer ce commerce en coopérative a germé et s’est concrétisée jusqu’à devenir effective depuis le 1er mars.» La coopérative Alinéa-Cult, qui gère la librairie Alinéa, compte ainsi déjà 12 membres, dont Raymond Straus (président du conseil d’administration), Louis Robert (vice-président du CA), Constant Infalt (administrateur), mais également l’homme d’affaires Norbert Becker, l’avocat Michel Molitor, et le multi-entrepreneur Daniel Schneider (membre du CA de Maison Moderne, éditeur de Paperjam). La gestion journalière reste entre les mains d’Edmond Donnersbach, qui en est le directeur général.

«Tous les membres du conseil d’administration ont le même nombre de parts dans la coopérative, correspondant à un montant de 12.500€», explique le libraire. «C’est un modèle économique très atypique pour une librairie. En fait, je n’en connais pas d’autre en Europe!», détaille monsieur Donnersbach, qui reconnaît que la transformation de son commerce vers cette forme innovante a été administrativement très facile. «À l’avenir, nous pourrons accueillir de nouveaux coopérateurs avec un ticket d’entrée se situant entre 1.000 et 12.500 euros.»

Aujourd’hui, tout le monde parle prix, mais pas qualité. Notre force est dans ce choix.

Edmond Donnersbach, directeur général de la coopérative Alinéa-Cult

Assurer la pérennité

Ce qui est intéressant dans cette formule est que le commerce se détache d’une personne unique pour passer entre les mains d’un groupe de personnes qui, chacune à sa manière, peut apporter une autre dynamique, des idées et un réseau.

«Cela assure aussi une assise financière plus large et une pérennité dans la gestion du commerce, même si, au début, nous allons certainement tâtonner un peu, car nous n’avons pas encore d’expérience de coopérative», explique Edmond Donnersbach.

Par ailleurs, la fermeture avortée de l’année dernière a permis de donner un coup d’accélérateur à la librairie, avec la perspective de nouveaux challenges. «Nous sommes en train de mettre en place notre site internet avec un e-shop. Comme il serait stupide d’essayer de concurrencer les géants du secteur, nous allons nous positionner différemment dans notre offre, en ne proposant que des livres ‘coup de cœur du libraire’. Aujourd’hui, tout le monde parle prix, mais pas qualité. Notre force est dans ce choix, cette sélection qualitative que nous pouvons faire dans la littérature et en sept langues différentes, puisque nous vendons des ouvrages en français, allemand, luxembourgeois, anglais, italien, espagnol, portugais, langues auxquelles nous pouvons ajouter le grec ancien et le latin.»

De nouveaux projets

À côté de cette nouvelle vitrine virtuelle, qui semble aujourd’hui être une évidence, un autre projet, plus ambitieux, est en train de se mettre en place: «Parce que j’ai toujours eu un attrait pour le monde musical, j’ai le projet de vendre des CD de jazz et d’élargir l’offre à la vente de vinyles, qui connaissent un nouvel engouement.»

Après le libraire, le disquaire! Et même un peu plus, puisqu’on peut lire dans les statuts de la coopérative la possibilité de réaliser l’aménagement de studios pour jeunes musiciens en résidence, ou encore la mise en place d’un bistrot littéraire.

Cette étape m’a obligé à sortir de mon train-train et à me projeter dans de nouveaux challenges.

Edmond Donnersbach, directeur général de la coopérative Alinéa-Cult

«Cette étape m’a obligé à sortir de mon train-train et à me projeter dans de nouveaux challenges. Toutefois, je suis à un âge où il faut penser à la succession, et c’est pour cela que j’aimerais travailler sur ces projets en binôme, et si possible, avec une femme», lance-t-il, avec un sourire malicieux. Une nouvelle jeunesse pour ce commerce de 23 ans, une nouvelle page à écrire.

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