La lente féminisation des conseils communaux

03 Décembre 2017 Par Camille Frati
Colette Flesch et Lydie Polfer
Colette Flesch, bourgmestre de la capitale entre 1970 et 1980, et Lydie Polfer, bourgmestre par intermittence depuis 1982, vont à l’encontre des clichés.
(Photo: Anthony Dehez)

La progression du taux de femmes élues a repris, dopée par la multiplication des campagnes et initiatives en faveur de la parité au sein des exécutifs politiques.

Faut-il voir le verre à moitié vide ou à moitié plein? Certes, le taux de femmes candidates aux élections communales n’a atteint que 35,78%, bien en-deçà du seuil admis pour parler de parité, soit 40%. Et le taux de femmes élues s’établit à 24,75%, contre 75,25% pour les hommes. «Nous avions noté une stagnation lors des élections de 2011 du point de vue des élues, donc nous sommes au moins contentes de voir de nouveau une petite reprise, bien qu’effectivement, la progression soit très lente», commente Monique Stein, responsable de la politique communale au sein du Conseil national des femmes du Luxembourg (CNFL).

Il est plus aisé pour les partis les plus grands de trouver des candidates à suffisance – Déi Gréng remportant la palme, avec 48,7% de candidates et 40,2% d’élues. «Le lien entre le nombre de femmes sur la liste et le nombre d’élues existe, en tout cas pour les grands partis», souligne Monique Stein.

«Cela va dans la bonne direction», assure de son côté Lydia Mutsch, ministre à l’Égalité des chances (Mega). «Nous sommes passés de 22% à presque 25% d’élues depuis 2011, et nous comptons déjà 47 échevines, contre 45 en 2011, alors que tous les collèges échevinaux ne sont pas encore mis en place.»

Un meilleur équilibre dans le processus décisionnel engendre un meilleur équilibre dans tous les domaines de la société.

Lydia Mutsch, ministre à l’Égalité des chances

Pour ce scrutin, le Mega avait adopté une stratégie globale en finançant des projets aux côtés de sa propre campagne, incluant sensibilisation par l’information, encouragement des femmes à se porter candidates et témoignages d’une cinquantaine de personnalités de la vie politique, culturelle, économique, associative, etc. «J’étais particulièrement fière de ce volet de la campagne, sur lequel nous avons eu un retour très positif», insiste Mme Mutsch. «Nous sommes tous convaincus qu’un meilleur équilibre dans le processus décisionnel engendre un meilleur équilibre dans tous les domaines de la société, et est bénéfique pour cette dernière dans son entièreté.»

Pour la ministre, le débat sur la féminisation de la vie politique va en effet plus loin que le taux d’élues, amenant des discussions sur «la répartition des tâches dans la vie privée, les femmes sur le marché de l’emploi, dans les conseils d’administration, le fait que les enfants ne doivent pas constituer un obstacle à la carrière de la mère, ni du père…» La ministre se réjouit de ce «revirement des mentalités» enfin amorcé.

Vers une «culture de vote en faveur des femmes»

Parmi les initiatives financées par le Mega, le programme de mentoring «Pace» et le séminaire «Authentic political leadership», organisés par la Maison du coaching, mentoring et consulting. Une offre combinant mentorat et formations sur la prise de parole en public, le leadership d’opinion, etc. «40 personnes se sont inscrites, dont 36 femmes et 4 hommes», indique Rita Knott, directrice de l’asbl. «55% des femmes ont déposé leur candidature pour les élections, deux ont été élues, et un homme a été élu», sachant que certains n’ont pas été retenus sur la liste qu’ils visaient.

Une autre initiative avait défrayé la chronique: «Madame on Tour», organisée par la patronne de la circonscription Centre du LSAP, la députée Cécile Hemmen. «Il y a quand même eu 11 candidates sur 15 du LSAP à Hesperange, et dans ma commune, à Weiler-la-Tour, 5 des 11 candidats étaient des femmes, alors que j’étais la seule en 2011», se réjouit Cécile Hemmen. «Plusieurs femmes ont pris la décision de se présenter à la suite d’un échange avec nous.»

«Ce sont des campagnes à reconduire et à élargir pour créer une véritable culture de vote en faveur des femmes», conclut Monique Stein, qui œuvre maintenant à maintenir la pression sur les conseils communaux pour qu’ils veillent à la parité au sein de leurs diverses commissions de travail. Rendez-vous aux prochaines communales, puisque les élections législatives et européennes obligent de facto les partis à soumettre des listes paritaires, sous peine de voir leur financement tronqué.

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