La Grèce retrouve son indépendance financière

20 Août 2018 Par Jean-Michel Lalieu
Le parlement grec
Le Parlement grec a dû voter 16 plans de réformes en huit ans pour convaincre les bailleurs internationaux.
(Photo: Licence C. C.)

Après huit années sous perfusion internationale, la Grèce peut à nouveau faire appel aux marchés financiers. Les plans d’aide sont clôturés, mais la santé de ce partenaire de la zone euro reste éminemment fragile.

«La crise grecque s’achève ici ce soir.» La déclaration date du 21 juin dernier, au terme d’une réunion marathon des ministres des Finances de la zone euro. Présent à Luxembourg où elle s’est tenue, Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières, s’était réjoui de l’accord trouvé entre membres de l’Eurogroupe pour mettre fin à huit années de tutelle financière d’Athènes.

Athènes peut désormais à nouveau se financer via les marchés. Mais par le biais des financements internationaux (Union européenne et Fonds monétaire international), elle dispose d’un matelas de trésorerie de 24 milliards qui devrait lui permettre d’éviter l’émission de dettes jusqu’en 2020.

Le vaste plan d’aide à la Grèce – en trois programmes – a fait en sorte d’injecter quelque 288 milliards dans l’économie hellénique pour éviter son effondrement et un Grexit qui aurait pu déstabiliser toute la zone euro, moins de 10 ans après son véritable lancement.

Allègement de la dette

Le troisième programme démarré en 2015 se termine ce lundi. Pour permettre le retrait de la perfusion, les ministres des Finances de la zone euro avaient trouvé un accord, en juin, pour alléger la dette grecque.

Ses partenaires ont notamment décidé un allongement de 10 ans pour le remboursement d’un montant de 96 milliards prêtés en 2012 par le FESF (Fonds européen de stabilité financière), créé au cœur de la crise financière pour aider les États défaillants et désormais intégré dans le MES (mécanisme européen de stabilité). Cette décision repousse les derniers remboursements à 2069.

Mais cet allègement ne se fait pas sans condition. Le gouvernement d’Alexis Tsipras a en effet dû promettre d’obtenir un excédent budgétaire primaire – hors service de la dette – de 3,5% du PIB jusqu’en 2022 et de 2,2% jusqu’en 2060. En 2017, il a atteint 4% du PIB.

Redressement fragile

La Grèce va mieux. De gros efforts ont été réalisés pour réformer la politique et l’économie. Pensions rabotées, âge de la retraite repoussée… La population a dû consentir d’énormes sacrifices qui ont fait baisser son pouvoir d’achat d’un tiers.

Le pays restera toutefois sous tutelle internationale afin d’éviter toute nouvelle crise. Le PIB du pays reste toujours 25% en dessous du niveau d’avant la crise et le taux de chômage vient juste de passer sous la barre des 20%. Sans compter la dette du pays, qui pointe désormais à 18% du PIB. Elle était un peu au-delà des 100% du PIB lors du démarrage de la crise en 2010.

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La réunion des ministres des Finances des 28 qui s’est tenue lundi a abouti non seulement à la validation du versement d’une nouvelle tranche d’aides de 5,7 milliards d’euros, mais aussi à l’annonce de la sortie du pays du programme d’ajustement d’ici au mois d’août.

Jean-Yves Leborgne

22 Juin 2017

La Grèce est le seul pays de la zone euro qui dépende encore du programme d’aide financière. Le programme actuel a commencé en août 2015 en Grèce et devrait se prolonger jusqu’en juin 2018. Le Mécanisme européen de Stabilité (MES) s’est engagé à prêter jusqu’à 86 milliards. Les versements seront opérés en fonction de l’avancement observé au niveau des réformes structurelles, comme convenu à la signature du programme. À l’heure actuelle, 31,7 milliards ont déjà été prêtés.

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