«La discussion n’est pas terminée»

10 Janvier 2018 Par Camille Frati
anatomie pathologique
Le monopole en anatomo-pathologie permettra au LNS d’asseoir son excellence selon son directeur, Friedrich Mühlschlegel, alors que les laboratoires privés déplorent l’absence de débat public et politique de fond.
(Photo : Wikimedia commons)

Si le Laboratoire national de santé se réjouit de voir son monopole inscrit dans la loi, la décision de la commission de la santé ne clôt pas le débat pour les Laboratoires réunis. Loin de là.

Mettant fin à près de deux mois de suspense, la commission de la santé à la Chambre des députés a finalement décidé de maintenir dans le projet de loi sur la planification hospitalière le monopole octroyé au LNS en matière d’analyses anatomo-pathologiques. Et ce à la lumière des améliorations significatives enregistrées par le laboratoire de Dudelange, qui ne sous-traitait à la fin 2017 plus que 12 à 13% des analyses à l’étranger contre 46% encore un an auparavant.

«Depuis mon arrivée, nous avons beaucoup travaillé», rappelle Friedrich Mühlschlegel, directeur du LNS depuis février 2017. «Nous avons mis en place une nouvelle structure de gouvernance avec le professeur Mittelbronn, à la tête du département de pathologie morphologique et moléculaire, modernisé les installations, engagé quatre pathologistes et un pathologiste titulaire d’une chaire de recherche Pearl. Nous avons vu une réduction drastique de la sous-traitance à l’étranger, dont le taux est descendu à 12,1% en octobre dernier.»

Parallèlement, le délai moyen de traitement s’est stabilisé «dans les normes internationales» - 8,4 jours pour le mois d’octobre, sachant que ce chiffre inclut à la fois les analyses faisables en moins de 24h et celles plus complexes demandant un process de deux semaines. Pour M. Mühlschlegel, ces données sont autant de «signes encourageants» concernant le travail du département. Et d’autres améliorations sont à attendre du recrutement de nouveaux pathologistes cette année pour atteindre un effectif de 18.

«Ouverture, transparence et haute qualité», leitmotiv du LNS

M. Mühlschlegel «soutient la vision d’un centre national d’excellence qui assure un haut niveau de qualité et qui est accessible à tous les citoyens du pays». Et le monopole offre «des possibilités de synergies en un seul endroit», que le LNS pratique déjà avec des liens accrus avec les hôpitaux et le dialogue entre les pathologistes et les praticiens. Avec les autres laboratoires également, que le LNS côtoie au sein de la plateforme du Plan national cancer. Fort de son monopole, le LNS voit l’avenir dans trois mots-clés: «ouverture, transparence et haute qualité».

Pour autant, même si ce monopole va être gravé dans la loi dans les prochaines semaines, la messe n’est pas encore dite pour les Laboratoires réunis, qui avaient obtenu de la Cour administrative en novembre dernier l’annulation du refus de la ministre de la Santé de les autoriser à pratiquer des analyses anatomo-pathologiques.

«Nous avons vraiment regretté que la discussion soit réduite à la sous-traitance», indique Me Marc Glodt, avocat des Laboratoires réunis. La commission de la santé a en effet fondé sa décision finale sur l’amélioration de la productivité du LNS «alors que l’arrêt de la Cour administrative ne se limitait pas à cela».

C’est une bonne chose que le gouvernement crée un laboratoire de référence, mais pourquoi faut-il lui donner le monopole?

Me Marc Glodt, avocat des Laboratoires réunis

«L’anatomie pathologique comme la génétique [autre monopole accordé au LNS par la loi, sans aucune opposition] sont des disciplines d’avenir», poursuit Me Glodt. «C’est une bonne chose en soi que le gouvernement crée un laboratoire de référence, mais pourquoi faut-il lui donner le monopole?» Une question qui n’a pas vraiment été abordée au niveau politique, surtout qu’elle a été intégrée dans le projet de loi sur les établissements hospitaliers et la planification hospitalière «alors qu’elle aurait mérité un projet de loi à part qui remette tous les enjeux sur la table», plaide Me Glodt.

D’ailleurs, l’arrêt de la Cour, qui balaie les arguments du ministère de la Santé sur la légitimité d’un laboratoire monopolistique, «a suscité, voire ravivé le débat» sur la politique de santé menée depuis les dernières décennies. Une politique qui «offre le monopole au LNS, donne des avantages législatifs aux hôpitaux, laisse peu de place aux autres initiatives, par exemple en termes d’équipement en IRM, et qui dresse des obstacles juridiques à la création de nouvelles maisons médicales», détaille l’avocat. «Le monopole plafonne l’offre de prestations de services et de santé», quand la concurrence pourrait, de manière positive, stimuler cette offre et accroître le niveau de qualité offert.

«La discussion n’est pas terminée», conclut l’avocat, dont le client n’a pas baissé les bras. Reste à voir comment remettre le sujet au cœur du débat public et politique.

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