La Bourse verte veut grandir rapidement

11 Janvier 2019 Par Jean-Michel Lalieu
Flavia Micilotta et Julie Becker partagent les mêmes ambitions pour le développement de la finance responsable.
(Photo: Matic Zorman)

Flavia Micilotta et Julie Becker font le point pour Paperjam.lu sur les futurs développements du Luxembourg Green Exchange, la plate-forme «verte» de la Bourse de Luxembourg. La première vient d’en prendre la direction, la seconde a fortement contribué à sa naissance.

Le Luxembourg Green Exchange (LGX), la «plate-forme verte» lancée fin 2016 par la Bourse de Luxembourg, prend rapidement de l’ampleur. 277 entités sont actuellement cotées et la valeur totale des obligations vertes atteint 112,1 milliards d’euros (74,6 en janvier 2018). Pour lui permettre de s’assurer une dimension encore plus importante, un poste de directeur – de directrice en l’occurrence – a été créé et confié à Flavia Micilotta (40 ans).

Une fonction qui semble taillée sur mesure pour cette spécialiste de la finance responsable qui se bat depuis près de 20 ans pour faire comprendre aux entreprises et organismes financiers l’intérêt d’adapter son comportement et ses produits aux enjeux sociétaux et environnementaux afin de bâtir un monde différent.

Les débuts de la responsabilité sociale

Après un master en business et politique à la London School of Economics, la jeune Italienne est revenue au pays – à Pise – pour une nouvelle maîtrise en management de l’environnement. «Je sentais que ces enjeux allaient devenir importants et je voulais vraiment m’investir dans ce domaine.»

Elle effectue alors ses premiers pas au sein de Big Four (Deloitte et EY) avec comme mission de faire comprendre aux entreprises qu’adhérer aux enjeux de soutenabilité pouvait être bénéfique. «Mais j’ai vraiment entamé mon parcours dans l’investissement responsable en travaillant, à partir de 2005, pour l’agence de notation française Vigeo qui analysait l’emploi des critères ESG – environnement, social et gouvernance – au sein d’entreprises cotées.»

Depuis fin 2015, elle était directrice de l’European Sustainable Investment Forum (Eurosif) qui joue, depuis 15 ans, un rôle de premier plan pour faire en sorte que l’investissement durable devienne un enjeu central pour les acteurs financiers.

La COP21 a été le détonateur

«Les progrès ont été considérables. On est vraiment sorti de l’époque où beaucoup d’entreprises voyaient cela uniquement comme du ‘green washing’, explique Flavia Micilotta. Mais la Conférence de Paris sur le climat, fin 2015, a joué un rôle considérable en faveur de la finance durable.»

C’est d’ailleurs dans ce mouvement de l’après-Cop 21 que s’inscrit la naissance du LGX fin 2016. «L’obligation verte est le meilleur instrument pour permettre la réalisation des ambitions de Paris. Or, nous étions déjà très bien positionnés sur ce segment avec une centaine d’obligations vertes déjà cotées sur notre bourse», explique Julie Becker, membre du comité exécutif de la Bourse et à la base de la naissance du LGX.

Le LGX est vraiment un exemple de ce que la finance responsable peut réaliser actuellement.

Flavia Micilotta, directrice du LGX


Flavia Micilotta. (Photo: Matic Zorman)

Si elle a appelé Flavia Micilotta à la rejoindre pour diriger la plate-forme verte, c’est parce que les deux femmes se sont côtoyées et appréciées, en 2017, au sein du groupe d’experts de haut niveau de la Commission européenne pour une finance responsable. «Nous avons beaucoup discuté de l’expérience du LGX qui, pour moi, est vraiment un exemple de ce que la finance responsable peut réaliser actuellement. Elle a joué un rôle d’accélérateur dans le développement de ces enjeux en Europe, voire plus loin.»

Experte dans la transparence et l’analyse de la qualité des fonds responsables, elle apprécie aussi le rôle qu’elle pourra jouer afin de mieux orienter les investisseurs. «Nous voulons aider les investisseurs à comprendre ce qu’est la finance responsable. Aujourd’hui, tout le monde prétend savoir de quoi il parle à ce niveau, mais ce n’est pas vrai. Il faut encore éduquer la communauté financière.»

Julie Becker, à qui la nouvelle directrice rapportera directement, confirme que parmi les projets qui ont pour enjeu de mieux répondre aux besoins du marché, l’éducation et la sensibilisation des acteurs des marchés financiers à la finance éthique est une priorité. «Il y a beaucoup d’initiatives qui existent déjà ou qui sont en cours de développement, mais pas nécessairement dans cette niche des marchés des capitaux internationaux dans laquelle la Bourse de Luxembourg a la légitimité de se positionner.»

La Bourse de Luxembourg devrait prochainement annoncer des nouveautés dans ce domaine, qui pourraient prendre la forme de modules pédagogiques, de collaboration avec l’Université, voire de formations certifiantes. «Mais notre premier travail sera d’éduquer les membres de notre personnel, même s’ils ont déjà tous montré leur enthousiasme par rapport au développement du LGX.»

Nous devons aussi élargir l’offre aux indices, à la titrisation de produits financiers responsables comme les nouveaux prêts verts.

Julie Becker, membre du comité exécutif de la Bourse


Julie Becker. (Photo: Matic Zorman)

L’institution financière se donne ensuite pour objectif de développer de nouveaux produits et outils. Au départ centrée sur les obligations vertes, elle s’est déjà étendue aux obligations sociales et responsables et aux fonds d’investissement SRI. «Nous devons aussi élargir l’offre aux indices, à la titrisation de produits financiers responsables comme les nouveaux prêts verts», poursuit Julie Becker.

Enfin, pour mieux assurer la transparence et son rôle d’intermédiaire entre investisseurs et émetteurs, le LGX entend se doter de nouveaux outils en s’orientant vers toujours plus de digitalisation. De quoi occuper les prochains mois de la nouvelle directrice qui gérera une équipe comprenant actuellement cinq personnes. 

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