La BCEE et CrossLend au service des PME européennes

27 Juin 2018 Par Jonas Mercier
Oliver Schimek (à gauche), le CEO de Crosslend, et Alex Lawrence, le directeur général de Crosslend Luxembourg, dans les bureaux de Paperjam.
Oliver Schimek (à gauche), le CEO de Crosslend, et Alex Lawrence, le directeur général de Crosslend Luxembourg, dans les bureaux de Paperjam.
(Photo: Maison Moderne)

Présente au Luxembourg depuis novembre et membre de l'écosystème de la Lhoft, la start-up allemande a l’ambition de faciliter le financement des PME européennes grâce à un système de titrisation des petits emprunts. La BCEE a décidé de s’engager à ses côtés en passant un partenariat stratégique.

En créant une filiale au Luxembourg, en novembre dernier, Oliver Schimek prévoyait d’embaucher cinq personnes d’ici fin 2018. Ils sont déjà huit dans les bureaux du Lux Future Lab. «Il est difficile d’avoir des objectifs précis, car le marché est en pleine évolution», lâche le CEO de la fintech basée à Berlin et membre de la Lhoft.

Créée en 2014, CrossLend a développé un système sécurisé pour transformer les petits emprunts en titres pouvant être échangés sur le marché. La start-up entend ainsi profiter de la volonté de la Commission européenne de faciliter l’accès des PME aux financements dans le cadre de l’Union des marchés des capitaux (UMC).

Parmi les investisseurs de Crosslend, on retrouve la Société nationale de crédit et d’investissement (SNCI) et l’European Investment Fund.

Un partenariat «plus profond»

Mais pour trouver des investisseurs qui souscrivent ces titres, CrossLend doit passer par des banques. Si elle n’avait pas de partenariat privilégié jusqu’à maintenant, la fintech a décidé de s’allier à la BCEE. La banque d’État luxembourgeoise sera désormais son unique interlocuteur.

«Derrière les raisons institutionnelles de ce choix, comme le fait que la BCEE est une banque historique qui possède une réputation sur le marché de la titrisation, il y a surtout une équipe fantastique, très innovante et réactive», précise Alex Lawrence, le directeur général de Crosslend Luxembourg. «Il s’agit d’un partenariat qui ne se limite pas au besoin d’accès à ce marché, mais qui est plus profond. La BCEE comme CrossLend sont conscientes qu’il y a encore des innovations à apporter à notre système.»

Pouvoir partager les risques

Du côté de la BCEE, cette coopération est un moyen de renforcer son activité sur la titrisation. «Je pense que c’est un marché en croissance au Luxembourg et qu’il existe un cadre juridique garantissant la sécurité juridique, ce qui est de la plus haute importance pour les investisseurs», précise Alain Uhres, responsable de la gestion des relations institutionnelles à la BCEE.

À l’heure actuelle, les demandes et capacités de financement se rencontrent sur le marché boursier. Mais ces opérations, assurées par les banques d’investissement, ne supportent que des grosses sommes. Cela a pour conséquence de priver des banques de petite et moyenne tailles d’accéder à des financements ponctuels, mais aussi de pouvoir partager les risques pour financer des projets de PME.

300 millions d’euros de titres en 2018

Si la technologie développée par Crosslend permet de transformer ces demandes d’emprunts en titres, elle propose également d’échanger ces titres sur sa propre «marketplace». Une solution digitale qui ne rencontre pourtant pas encore l’écho attendu.

«Les banques veulent encore du papier et des interactions personnelles, nous avons donc des rendez-vous quotidiens pour interagir entre ceux qui cherchent des financements et les investisseurs, qui peuvent être d’autres banques et des assurances», rappelle Oliver Schimek. «Mais, à terme, notre ambition est de développer un opérateur de données indépendant et automatique.»

Crosslend a pour objectif d’émettre pour 300 millions d’euros de titres en 2018. Une part infime du besoin de financement des PME à l’échelle de l’Union européenne, qui se chiffre à plusieurs milliards. «Notre service a vraiment l’ambition de servir la création de l’Union des marchés des capitaux voulue par la Commission», ajoute le jeune CEO. «À l’heure actuelle, un tiers des PME en Europe ne parviennent pas à financer leurs projets.»

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