«Un banc est un objet très intemporel, il y en a eu dans le passé et il y en aura dans le futur» selon Max Steffen.
«Un banc est un objet très intemporel, il y en a eu dans le passé et il y en aura dans le futur» selon Max Steffen.
(Photo: DR)

Dans le cadre de Design City LX Festival, les bancs conçus par Max Steffen seront inaugurés ce vendredi, place du Théâtre. Une rencontre s’impose.

Le designer luxembourgeois Max Steffen est equipment design director chez The North Face à San Francisco et a étudié le design industriel à la Hochschule für Gestaltung à Pforzheim en Allemagne. Son défi? Repenser les objets du quotidien les plus banals et les plus utilisés. Rencontre avec le créateur d’un banc, public et insolite.

Pouvez-vous nous expliquer votre définition du design? Comment cette définition est-elle déclinée dans le projet pour Design City 2018?

«Tout d’abord, un produit – peu importe que ce soit un objet usuel du quotidien, une application ou un élément d’un ensemble architectural – doit être fonctionnel. En général, un projet commence donc par un questionnement: qui va être l’utilisateur et quels sont ses besoins? Ensuite, la quantité d’émotions que nous pouvons apporter, pour éventuellement même dépasser ses attentes, dépend à chaque fois du projet.

L’art et la mode urbaine me servent de source d’inspiration afin de définir une esthétique novatrice et sobre. Aujourd’hui, je cherche de plus en plus à me connecter avec des marques et fabricants qui ont une vision holistique et responsable du design. Le designer peut donc intervenir aussi sur les points stratégiques du produit et réfléchir où et par qui le produit est fabriqué ou encore comment il sera emballé et présenté dans le commerce.

Les objets soi-disant banals sont pour moi les plus intéressants.

Max Steffen, equipment design director chez The North Face

Le banc que nous présentons pour Design City entre tout à fait dans cette conception, car avec la menuiserie Modulor, nous avons créé non seulement un dessin et un prototype, mais surtout une micro-production, locale et équitable.

Comment avez-vous abordé le défi de repenser un objet en apparence aussi banal qu’un banc public?

«Les objets soi-disant banals sont pour moi les plus intéressants. Nous en touchons plusieurs centaines par jour: un verre, une poignée de porte, nos clés de voiture, nos chaussures, un magazine, un clavier… Tous ces objets sont passés par l’étape ‘design’ tôt ou tard dans le processus de fabrication. J’ai un faible pour ces objets usuels comparés à ce que nous appelons les ‘objets design’, souvent assimilés à du haut de gamme ou aux objets amusants des boutiques de musées.

Un banc est un objet très intemporel, il y en a eu dans le passé et il y en aura dans le futur. L’innovation de notre banc joue sur le choix et la combinaison des matériaux. Nous avons intégré le Corian®, matériau minéral souvent utilisé en architecture ou pour des plans de travail en cuisine en raison de ses propriétés résistantes. Ceci nous permet aussi d’individualiser le banc selon son champ d’application.

La création, c’est faire le tri des idées.

Max Steffen, equipment design director chez The North Face

Pouvez-vous nous décrire votre processus créatif?

«Pour moi, le processus créatif s’assimile presque à du rangement. On prend une idée, un concept, puis on collectionne toutes les informations nécessaires et potentiellement intéressantes liées à cette idée initiale. Puis, on range. On garde le nécessaire, ce qui plaît, et on élimine ce qui n’est pas indispensable.

La création, c’est faire le tri des idées. Pour offrir des réponses stratégiques à mes clients, plutôt que des réponses liées à des tendances et à des goûts personnels, j’ai développé ma propre méthodologie. C’est un travail continu, car chaque projet et chaque collaboration apportent leurs propres défis.

En dehors du design, qu’est-ce qui nourrit votre travail?

«J’ai adopté un chien qui sait très bien me distraire et qui m’aide à rester en forme. Cette déconnexion est très nourrissante. L’univers cinématographique est une source d’inspiration. J’aime beaucoup l’esthétique des films de Terence Malick ou des frères Coen, par exemple. Prenons le film ‘Blade Runner 2049’ de Denis Villeneuve. En tant que designer, cette histoire m’offre énormément de stimuli visuels et intellectuels.

Me craft – You industry – We design. Pouvez-vous nous donner votre point de vue sur la relation entre ces trois éléments?

«Je pense que la thématique reprend un peu ce que j’ai abordé plus haut: l’interaction entre l’industrie et le designer qui est en mouvement. Mais j’y reconnais aussi le rôle des réseaux sociaux qui peuvent aider à réunir différentes compétences.

D’une part, les réseaux sociaux peuvent aider les designers individuels à partager leur travail et à être repérés par des marques. D’autre part, pour une marque qui veut entrer ou rester sur le marché, il ne suffit plus d’offrir un bon produit. Les consommateurs veulent savoir d’où vient le produit, de quoi il est fait, comment il est fabriqué et qui l’utilise. Les designers sont donc devenus indispensables pour créer un autre matériel, celui de la communication qui se partage.»

Interview réalisée par le BTS écritures appliquées du Lycée classique de Diekirch: Jeanie Da Silva Estevao, Karima Djema, Nancy Lambert, Lynn Starflinger et Claude Moyen à l’occasion du Design City LX Festival, 19.10.2018 – 18.11.2018

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