Juncker n’en a pas fini avec l’Europe

12 Septembre 2018 Par Jonas Mercier
«Les peuples n’aiment pas les incertitudes. Ils aiment les indications claires (…). Il est normal d’avoir des élections, mais aussi urgent et normal de prendre des décisions avant les élections pour montrer la voie», a insisté le président de la Commission européenne.
(Photo: EC - Audiovisual Service)

Le président de la Commission européenne souhaite une Union plus forte que jamais sur le plan mondial. Dans son discours sur l’état de l’Union, mercredi, il a milité pour réintroduire la prise de décision à la majorité qualifiée sur certaines questions de politique internationale et fiscale.

Non, ce n’était pas son dernier discours. Ni même un bilan de son mandat à la tête de la Commission européenne. «Au contraire, je vous dis que le travail continuera dans les mois à venir», a déclaré Jean-Claude Juncker, dès le début de son quatrième discours sur l’état de l’Union.

Face au Parlement européen réuni à Strasbourg, mercredi, le président de la Commission européenne a fait part de sa ferme conviction à régler plusieurs grands chantiers avant la tenue des élections européennes, en mai prochain.

«Les peuples n’aiment pas les incertitudes. Ils aiment les indications claires (…). Il est normal d’avoir des élections, mais aussi urgent et normal de prendre des décisions avant les élections pour montrer la voie», a-t-il insisté.

Un agenda chargé pour les prochains mois

L’ambition du président de la Commission avant de quitter son poste – il ne briguera pas de second mandat – est de faire de l’Union «davantage un acteur global», qui «quitte les gradins des stades mondiaux (…) et devienne l’architecte du monde de demain».

Et de citer l’«arrangement» obtenu à Washington avec le président Trump sur les taxes à l’exportation, en juillet. «Certains l’ont qualifié de surprise, mais il n’y a pas de surprise quand l’Europe parle d’une seule voix», a indiqué le Luxembourgeois.

L’heure de la souveraineté européenne a «définitivement» sonné, a-t-il encore estimé, notamment dans les relations internationales de l’Union. Le président de la Commission a ainsi évoqué l’idée de passer de nouveau au vote à la majorité qualifiée dans des domaines précis des relations extérieures.

Pour l’instant, chaque État membre dispose d’un droit de veto, ce qui cause souvent des blocages et empêche l’Union de prendre position sur des questions de politique internationale.

Pour certaines matières relevant de la fiscalité, nous devons pouvoir également passer à la majorité qualifiée.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

«Pour certaines matières relevant de la fiscalité, nous devons pouvoir également passer à la majorité qualifiée.» Un message clair pour accélérer à l’avenir des dossiers sensibles, comme l’adoption d’une fiscalisation européenne de l’économie numérique, notamment à l’encontre des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon et autres). Un sujet sur lequel le Luxembourg affiche des désaccords avec l’approche de la Commission et de sa réforme proposée en mars.

La décision de passer de l’unanimité à la majorité qualifiée devra toutefois revenir au Conseil européen, qui regroupe l’ensemble des dirigeants des États membres.

Se rapprocher de l’Afrique, renforcer l’euro

En dehors de ces questions de souveraineté, Jean-Claude Juncker a détaillé l’agenda des autres priorités qui guideront la fin de son mandat. Parmi celles-ci, un rapprochement commercial avec l’Afrique, dont un tiers de son commerce se fait déjà avec l’Europe.

«L’Afrique n’a pas besoin de charité, mais d’un partenariat équilibré, un vrai partenariat. Et nous, les Européens, nous en avons besoin au même titre», a-t-il indiqué, tout en faisant part de son intention de passer un «accord de libre-échange de continent à continent» et en annonçant que la Commission fera une proposition dans ce sens très bientôt.

L’euro doit constituer davantage un instrument de la souveraineté européenne.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne

L’autre grande priorité pour Juncker d’ici mai 2019 est de développer le rôle international de l’euro. S’il a rappelé qu’en seulement 20 ans d’existence, la monnaie unique était devenue la deuxième devise dans le monde, après le dollar, il a estimé qu’elle devait constituer davantage un «instrument de la souveraineté européenne».

La Commission européenne présentera là aussi plusieurs initiatives pour renforcer et approfondir l’Union économique et monétaire «avant la fin de l’année».

Pour clôturer son discours qui aura duré à peu près une heure, Jean-Claude Juncker s’est fait un point d’honneur à décrédibiliser les courants nationalistes qui fragilisent l’Europe. «Nations et Union européenne doivent marcher ensemble pour tenir. Je voudrais dire non au nationalisme malsain et oui au patriotisme éclairé. En d’autres mots, restons fidèles à ce que nous sommes.»

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