Joëlle Elvinger: «Nous râlons à un haut niveau»

11 Mai 2018 Interviewé par Laurent Moyse
Joëlle Elvinger DP
Joëlle Elvinger: «En matière de fonds, Luxembourg est la deuxième place financière la plus importante dans le monde et occupe la position de leader en Europe. Il est important de garder ce leadership.»
(Photo: Nader Ghavami)

L’importance du secteur financier, et particulièrement des fonds d’investissement, ne souffre d’aucune discussion dans la classe politique. À quelques différences près, on retrouve les mêmes accents ou préoccupations au sein des quatre grands partis. Joëlle Elvinger du DP s’exprime sur le sujet.

Madame Elvinger, comment votre parti se positionne-t-il à l’égard de la place financière et en particulier de l’industrie des fonds? 

«En matière de fonds, Luxembourg est la deuxième place financière la plus importante dans le monde et occupe la position de leader en Europe. Il est important de garder ce leadership. La place financière est un moteur de la croissance qualitative, car elle représente 11 à 12% de l’emploi, générant près d’un tiers du PIB. Elle crée une plus-value non négligeable pour notre pays. Nous avons récemment conclu avec la France une convention visant à éviter la double imposition et qui inclut les fonds. Ce n’était pas le cas dans la convention précédente de 1958, car on ne parlait pas encore d’une industrie des fonds à l’époque. Cet exemple montre que tout est entrepris pour que la Place puisse se développer et préserver sa position de leader.

Comment envisagez-vous l’avenir de ce secteur au Luxembourg? 

«On peut décrire l’avenir en quatre mots-clés: d’abord, la Place devient toujours plus verte. Avec le Luxembourg Green Exchange, la moitié des obligations vertes émises dans le monde sont cotées à la Bourse de Luxembourg. Ensuite, elle devient plus internationale, parce que l’environnement international y contribue et parce que nous occupons cette position de leader. En troisième lieu, le secteur devient plus transparent, il suffit de penser au Gafi et au fait que nous avons fait beaucoup d’efforts pour être rayés des listes noires. Enfin, le secteur devient toujours plus digital, ce qui signifie davantage de valeur ajoutée et de croissance qualitative.

Comment la place financière doit-elle se positionner vis-à-vis des ICO («initial coin offerings»)? 

«Il est important de fixer un cadre pour les monnaies virtuelles. Cela ne peut se faire à n’importe quel prix. À ma connaissance, la Commission de surveillance du secteur financier n’a pas encore donné d’agrément pour les ICO, mais elle est disposée à le faire sous certaines conditions et à partir du moment où on lui présente un bon dossier.

Le Luxembourg dispose de nombreux atouts, que ce soit au niveau des voies administratives ou de la réputation de notre place financière.

Joëlle Elvinger, DP

Faut-il revoir la stratégie de la promotion des fonds et de la place financière? 

«Pierre Gramegna a souligné dans son bilan qu’il a fait plus de 200.000 kilomètres pour promouvoir la place financière. On ne peut pas faire beaucoup plus. Par ailleurs, une promotion intense est faite avec l’aide de Luxembourg for Finance et à travers les missions économiques. Nous ne risquons plus de figurer sur une liste noire, nous avons beaucoup réglementé et légiféré pour améliorer la réputation de notre place financière. Cela aussi fait partie de la promotion. Nous avons mis en route une réforme fiscale, rétabli les finances publiques et réussi à conserver la notation AAA. La stratégie de promotion de notre gouvernement est bonne et nous devons nous assurer que la place financière garde cette bonne réputation.

Que peut espérer le Luxembourg dans le cadre du Brexit? 

«Nous voyons que beaucoup de sociétés de fonds et de compagnies d’assurances s’établissent au Luxembourg en raison du Brexit. Cela implique aussi que nous devrons réfléchir à long terme, au niveau de l’Union européenne, à l’avenir de notre place financière et à la stratégie à mener de concert avec les autres pays membres. En effet, avec Londres comme centre international, nous perdons un allié important qui a toujours défendu les intérêts des places financières orientées vers les marchés internationaux, alors que Francfort et Paris sont davantage des places financières nationales. Nous devons accepter ce défi, mais cette perspective offre aussi des opportunités dans le secteur de l’assurance, au niveau des fintech ou de la finance durable. La Place se porte bien et nous râlons à un haut niveau.

Faut-il revoir le cadre fiscal et réglementaire pour être compétitif vis-à-vis d’autres centres?

«Nous devons nous adapter, c’est sûr. Nous avons une réforme fiscale derrière nous et rien ne nous empêche d’introduire à l’avenir de nouveaux éléments ici ou là. Mais la fiscalité n’est qu’un critère parmi beaucoup d’autres. Le Luxembourg dispose de nombreux atouts, que ce soit au niveau des voies administratives ou de la réputation de notre place financière. Il ne s’agit pas de brader quoi que ce soit. Quant au cadre réglementaire, il faut souligner que la réglementation européenne est la même pour tout le monde. Nous devons nous y conformer sans pour autant être plus contraignants que les autres pays, de manière à avoir un ‘level playing field’. Les autorités doivent rester réactives.»

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