«Je n’achète que ce dont j’ai besoin»

10 Juin 2018 Par Jean-Michel Lalieu
Véronique Hoffeld
Véronique Hoffeld: «Comme je ne consomme pas énormément, j’investis. Ça aide à éviter les soucis financiers.»
(Photo: Edouard Olszewski)

Tous les mois, dans Paperjam, une personnalité influente du Grand-Duché se livre à notre interview «Argent comptant». Au tour ce mois-ci de Véronique Hoffeld, avocate chez Loyens & Loeff et présidente du Fonds national de la recherche. 

Les choses qui comptent

Madame Hoffeld, y a-t-il des choses pour lesquelles vous ne regardez pas à la dépense?

«La santé. C’est ce qu’il y a de plus important. Mais parfois, même avec beaucoup d’argent, on n’arrive pas à s’en sortir. Je pense au cas de Steve Jobs. Il avait certainement les meilleurs médecins, mais ça n’a pas suffi.

À quel luxe sacrifiez-vous à l’occasion de l’argent?

«Les voitures. J’aime les voitures de sport. Ça peut paraître étonnant pour une femme, mais mon père était fortement impliqué dans le sport automobile, ça doit venir de là. Aujourd’hui, si je dois faire une dépense, ce sera plutôt pour des voyages lointains, aller à la découverte d’autres cultures en famille.

Votre dernier achat plaisir?

«Probablement un vêtement ou un livre, ce sont mes achats plaisir en général. J’aime beaucoup lire et comme je voyage pas mal, j’ai toujours un livre dans mon sac. Ce n’est plus vraiment tendance, mais j’aime encore avoir de vrais livres, pouvoir les feuilleter, les ranger dans une bibliothèque.

Le temps qui passe

Votre devise en matière d’argent?

« Time is money. » Selon moi, dans tous les sens du terme, j’estime que le temps prend de plus en plus de valeur. Prenons, par exemple, le cas de quelqu’un qui réduit son temps de travail pour s’occuper de sa famille. Travailler moins a clairement un coût financier.

La première fois que vous avez gagné de l’argent?

«Adolescente, j’étais guide dans le Mullerthal pour le ministère du Tourisme. On organisait des balades pour les parents et des jeux pour les enfants, surtout pour les touristes hollandais.

Avec votre premier vrai salaire, que vous êtes-vous offert?

«Un solitaire. D’ailleurs, je le porte encore. J’adore les diamants et, à l’époque, je ne connaissais personne qui aurait pu m’en offrir un, je me le suis donc offert.

Plus et moins

Sur les 12 derniers mois, quelle dépense vous a semblé la plus judicieuse?

«Le voyage que nous avons fait à New York avec les enfants. Ils voulaient vraiment découvrir cette ville, ils ont adoré.

Une dépense qui vous énerve mais à laquelle on n’échappe pas?

«Les contraventions pour excès de vitesse.

Une dépense que vous qualifieriez de stupide?

«Je ne suis pas une grande consommatrice. Je suis donc toujours étonnée de voir des gens qui achètent des choses dont ils n’ont pas besoin. Personnellement, je n’achète que ce dont j’ai besoin. Je trouve donc stupide de faire des achats de manière compulsive, parce qu’on a vu une pub. Mais c’est dans l’air du temps. Au Luxembourg, particulièrement, les enfants sont exposés à une société de surconsommation. Il faut parfois les freiner. Quand on voit des jeunes qui ont des vestes à la mode en plusieurs exemplaires, alors qu’elles coûtent 800 euros pièce… Je vois aussi parfois des enfants qui possèdent deux ou trois smartphones, il faudra que l’on m’explique en quoi c’est utile…

Investir

Investissez-vous à titre personnel?

«Oui, depuis que je suis très jeune, et j’ai toujours misé sur l’immobilier. À 23 ans, dès que j’ai eu mon premier emploi, j’ai investi dans un appartement. Ça s’est révélé être un bon placement.

Vous n’avez jamais tenté d’autres types d’investissements?

«À une occasion, j’ai acquis des actions de capital-risque pour 1.500 euros. C’était un programme du gouvernement qui permettait des déductions, mais j’ai tout perdu. Ce n’était pas une somme énorme, mais j’ai dû attendre des années pour récupérer ma mise, j’ai été guérie pour longtemps. Je n’ai pas envie de recommencer.

En matière de dons, quelles causes vous parlent le plus?

«La jeunesse et l’éducation. Ça m’interpelle parce que c’est vraiment l’avenir. L’éducation, c’est la base de tout. On le voit concrètement dans les pays en développement. Ensuite, je trouve que les actions liées à l’écologie sont aussi très importantes.

Pas si discrets

Avez-vous déjà rencontré des problèmes financiers?

«Non, mon père était avocat et j’étais fille unique. J’ai eu un parcours universitaire sans heurts, ensuite j’ai directement commencé à travailler. Comme je ne consomme pas énormément, j’investis. Ça aide à éviter les soucis financiers. Je suis un peu économe, ça doit jouer.

Êtes-vous d’accord avec l’idée qui veut que «consommer, c’est faire tourner l’économie»?

«Oui, on ne peut pas ne pas être d’accord avec cette idée, mais j’estime qu’il y a une limite à tout. Il y a un juste milieu à trouver. Ne pas atteindre le niveau de surconsommation.

On dit les Luxembourgeois discrets en matière de finances personnelles. C’est votre avis?

«Je ne pense pas qu’ils soient discrets. Quand je regarde les voitures dans la rue, ce serait plutôt le contraire. Je les trouve assez décomplexés. En fait, il y a vraiment deux types de personnes: les nouveaux riches et les familles fortunées plus anciennes, qui sont plus discrètes.»

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