«J’ai dû travailler très dur pour gagner le respect»

14 Juin 2018 Par Audrey Somnard
Chez Tadaweb, «si quelqu’un doit partir pour une raison familiale, personne ne pose de question», explique Genna Elvin, cofondatrice.
Chez Tadaweb, «si quelqu’un doit partir pour une raison familiale, personne ne pose de questions», explique Genna Elvin, cofondatrice.
(Photo: Jan Hanrion / Maison Moderne)

À travers la série #FemaleLeadership, des femmes du monde économique évoquent leur parcours et leur position-clé dans chacun de leur secteur d’activité. Aujourd’hui, Genna Elvin, cofondatrice de Tadaweb, la start-up qui monte au Luxembourg.

Cette Néo-zélandaise n’avait pas prévu de fonder sa propre société, et encore moins une start-up dans le domaine des data. Mais Genna Elvin sait mettre ses ressources à profit et fait une coupure nette entre sa vie privée et un travail pourtant très prenant. La passionnée nous raconte. 

Madame Elvin, vous avez cofondé en 2011 votre société Tadaweb, qui automatise le processus de recherche de data sur internet, à seulement 22 ans. Dans quelles circonstances?

«J’ai fait des études de droit en Nouvelle-Zélande, mais j’étais déjà partie à 17 ans faire le tour du monde en sac à dos, seule. J’avais besoin de voir autre chose que ma petite île, on est très isolés là-bas. Je voulais voir le monde. Puis, pendant mes études de droit, j’ai dû réaliser un petit projet qui m’a donné le goût de l’entrepreneuriat. J’ai rencontré celui qui allait devenir mon mari, un spécialiste de la sécurité informatique. Nous sommes allés en Belgique, son pays natal, puis nous nous sommes installés au Luxembourg.

J’étais tellement impliquée dans sa société, notamment lors de l’ICT Spring, que j’ai décidé de m’y consacrer pleinement. Dans un premier temps, nous étions installés au Technoport. J’avais 22 ans seulement, c’était intimidant. J’étais terrifiée, car je ne connaissais rien de ce secteur. Pendant les 3-4 premières années, c’était très dur, car nous nous sommes concentrés sur le produit, sans chercher à le monétiser.

Vous vous êtes lancée dans un domaine tout nouveau pour vous. Comment avez-vous réussi à vous imposer?

«J’ai dû travailler très dur pour gagner le respect. Quand vous allez voir des ‘venture capitalist’, il vaut mieux savoir de quoi on parle! Il se trouve que je suis une grande passionnée de psychologie, et cela m’aide beaucoup. Je suis très à l’écoute et j’interprète les comportements. Il arrivait régulièrement que l’on sorte de réunion et que mon mari pense que cela s’était très bien passé. Moi, je savais alors que ça avait été au contraire une catastrophe, certains signes ne trompent pas!

Nous partageons les tâches à 50/50 avec mon mari, nous n’avons pas de baby-sitter.

Genna Elvin, cofondatrice de Tadaweb

Vous partagez avec votre mari une famille et une société. Comment cela s’organise, concrètement?

«Nous avons au travail une relation strictement professionnelle, à tel point que beaucoup de gens ne savent même pas que nous sommes mariés. Nous tenons à faire clairement cette distinction, nous ne parlons pas travail à la maison. En tout cas nous comprenons tout à fait l’un et l’autre que nous devons beaucoup travailler, je crois que ça serait plus compliqué si mon mari avait un emploi avec des heures de bureau conventionnelles.

Nous avons un fils de 5 ans, c’est un défi de tous les jours. Mais j’ai un caractère qui me pousse à toujours trouver des solutions. Nous partageons les tâches à 50/50 avec mon mari, nous n’avons pas de baby-sitter. Quand l’un l’emmène à l’école plus tard le matin, l’autre rentre plus tôt. Il faut s’organiser à deux, d’autant que nous voyageons pour le travail, mais chacun son tour. Je suis vraiment pour que les hommes prennent leur part en optant pour le congé parental, cela les responsabilise aussi.

Est-ce que cela influe sur votre façon de diriger votre entreprise?

«Oui, dans le sens où chez nous, la famille passe d’abord, c’est le message que nous faisons passer à nos employés. J’ai beaucoup d’empathie, je me mets donc à leur place. Chez nous, il n’y a pas d’horaires, chacun a des objectifs à remplir, mais à son rythme. Si quelqu’un doit partir pour une raison familiale, personne ne pose de questions. Le résultat, c’est que notre personnel est très fidèle. C’est finalement logique quand on traite les gens comme des êtres humains, tout simplement.

Nous mesurons les performances des employés, bien sûr, mais ils sont libres, bien que j’ai de grosses réserves sur le télétravail. Je crois qu’il est nécessaire de se voir pour faire avancer les choses, c’est une adéquation culturelle qui doit se mettre en place avec les employés.

Être une femme dirigeante ne va pas toujours de soi. Quelques jours après sa prise de fonction en janvier dernier, la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern a annoncé attendre son premier enfant (la naissance étant prévue ce dimanche). Elle a dû se justifier en disant qu’une grossesse n’était pas handicapante. Qu’en pensez-vous?

«J’étais vraiment très fière d’elle, la Nouvelle-Zélande est un pays moins traditionnel comme c’est peut-être un peu plus le cas en Europe. Mais je dois dire que j’étais aussi un peu inquiète, car avec un congé maternité très réduit, elle donne aux autres femmes des attentes peut-être pas tout à fait réalistes.

Beaucoup de femmes rejettent les promotions à partir du moment où elles commencent seulement à penser à vouloir fonder une famille

Genna Elvin, cofondatrice de Tadaweb

Le milieu de la tech manque de femmes à tous les niveaux. Comment y remédier?

«Je ne crois pas aux quotas, mais je travaille très dur pour trouver des femmes. Je pense qu’il y a aussi un phénomène d’autocensure. Beaucoup de femmes rejettent les promotions à partir du moment où elles commencent seulement à penser à vouloir fonder une famille. C’est une erreur, elles doivent suivre la trace des hommes. La présence des femmes dans les comités de direction est en corrélation avec le succès d’une entreprise, il ne faut pas hésiter.

Comment avez-vous vécu le fait d’être une des rares femmes dans votre secteur?

«J’en ai justement profité! Les femmes ont la chance de pouvoir se démarquer, car elles font encore partie d’une minorité. C’est simple, si vous êtes la seule femme, vous avez plus de chance pour que l’on se rappelle de vous, cela peut-être très utile. J’ai souvent utilisé cette position pour avancer.»

Le CV de Genna Elvin en trois dates-clés:

Novembre 2006 – Prend l’avion pour un tour du monde en solo, à 17 ans
Février 2013 –Naissance de son fils
Septembre 2013 – Premier voyage pour la Silicon Valley, ce qui lui a donné envie de bâtir une licorne
Retrouvez l’intégralité de la série #FemaleLeadership en cliquant ici.

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