Innovations disruptives: à l’aube d’un nouveau paradigme

Timothée Au Duong Edmond de Rothschild (Europe)
Timothée Au Duong: «La transformation de notre écosystème, imperceptible pour l’investisseur court terme, dépasse les cycles des marchés.»
(Photo: Edmond de Rothschild Europe)

Notre société connaît une mutation sans précédent. Les innovations disruptives créées par les nouvelles technologies auront bientôt un impact considérable sur notre économie. Quels sont, pour les entreprises et les investisseurs, les risques et les opportunités de cette transformation?

Au cours des dernières années, des changements majeurs ont impacté notre vie quotidienne. Nombre d’entre nous achètent désormais sur Amazon, ont souscrit à un abonnement Spotify et partent en vacances aux moyens d’Airbnb. Ces changements, aux abords anodins, témoignent de la réalité de l’innovation disruptive qui est en train de reconfigurer notre société à un rythme sans précédent. Dans un futur proche, les entreprises qui ne réussiront pas à s’adapter seront condamnées à disparaître au profit de nouveaux leaders. 

Transformation du paysage économique

Représentant des dépenses mondiales estimées à plus de 3,7 trillions de dollars pour cette année, le secteur technologique est plus que jamais au cœur de l’innovation. Les objets connectés, la robotisation, la réalité virtuelle ou encore l’intelligence artificielle, dont les applications vont des véhicules autonomes à la reconnaissance vocale, proposent des déclinaisons métiers presque illimitées. Par exemple, le robot-RH Vera capable de mener des processus de recrutement de A à Z ainsi que de faire passer simultanément plus de 1.000 entretiens, permettrait aux entreprises de réduire le budget alloué à l’embauche de plus d’un tiers. Selon une étude de PwC, le seul domaine de l’intelligence artificielle pourrait générer 15,7 trillions de dollars d’ici à 2030, soit 20% du PIB mondial de 2017. 

Un tel changement impactera tous les secteurs d’activité. L’automobile, par exemple, est sous la pression d’une double disruption: sur le plan technologique, on prédit l’arrivée de la voiture autonome aux environs de 2025, et sur le plan environnemental, des scandales comme le dieselgate font de la voiture électrique une priorité absolue. La distribution, quant à elle, est sur la voie de la digitalisation: l’e-commerce, qui comptait pour 10,2% des ventes de détail en 2017, pourrait en représenter jusqu’à 16% d’ici 2021, selon une estimation d’eMarketer. Enfin, les services financiers, sous l’influence de plus de 12.000 fintech, pourraient rapidement amorcer le virage des paiements mobiles, suivant ainsi les traces du marché chinois dont les transactions par smartphone ont dépassé les 12,8 trillions de dollars en 2017.

Les entreprises sont-elles préparées?

Pas vraiment. En tout cas, c’est ce que nous suggère une récente enquête du cabinet EY, dont les résultats indiquent qu’environ 50% des dirigeants d’entreprise admettent ne pas avoir implémenté de réponse adéquate au risque de disruption. Il s’agit d’un choix compréhensible dans la mesure où aucune entreprise n’a intérêt à investir dans son futur si cela se fait au détriment de son présent. Ce paradoxe, connu sous le nom de «dilemme de l’innovateur», est crucial dans le contexte actuel. 

Par le passé, lorsque des innovations majeures sont apparues, certains acteurs se sont adaptés et ont évolué, alors que d’autres ont continué à faire la même chose jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Ce fut le cas de Kodak, Blockbuster et Nokia, célèbres victimes de la disruption, qui pourraient aujourd’hui être succédé par certaines valeurs de la grande distribution, victimes de la récente «Amazonification» du secteur. En l’absence de stratégie apparente de survie, les sociétés peinent à rassurer leurs investisseurs et se transforment progressivement en «value traps» (sociétés dont la valorisation est perçue à tort comme attractive).

Dans un monde où l’innovation conditionne l’évolution des marchés, le plus grand risque pourrait être celui de n’en prendre aucun.

Timothée Au Duong, portfolio manager chez Edmond de Rothschild (Europe)

Dans un tel contexte, les performances exceptionnelles des géants technologiques n’ont rien de surprenant (FANG-Facebook, Amazon, Netflix, Google: +49,3% en 2017 (performance équi-pondérée, dividendes réinvestis)). Ces derniers, à la source de la destruction créatrice moderne, investissent massivement aussi bien en R&D qu’en acquisition de start-up spécialisées. CBInsights estime le nombre de sociétés innovatrices ainsi rachetées à plus de 300 au cours des cinq dernières années. Par conséquent, leurs activités s’étendent désormais bien au-delà de l’IT et des acquisitions telles que Twitch (divertissement) par Amazon, Mobileye (véhicules autonomes) par Intel ou encore Nest (optimisation énergétique) par Google confèrent à ces quelques géants les clés d’un quasi-monopole disruptif.

Investissement: risques et opportunités

Même si le marché a historiquement récompensé les entreprises démontrant un fort potentiel de croissance, la majorité des investisseurs reste focalisée sur le court terme. Comme cette année l’a parfaitement démontré, la géopolitique et les banques centrales peuvent considérablement prendre le dessus sur les fondamentaux et ainsi être source de volatilité.

Cependant, dans un monde où l’innovation conditionne l’évolution des marchés, le plus grand risque pourrait être celui de n’en prendre aucun.  

En effet, la transformation de notre écosystème, imperceptible pour l’investisseur court terme, dépasse les cycles des marchés. Le secteur technologique, moteur de l’innovation, ne représentait que 10% de l’indice mondial MSCI All Country World il y a 10 ans, il en représente aujourd’hui 15% et affiche une croissance bénéficiaire estimée pour les 12 prochains mois à +29.9% (MSCI All Country World, consensus Bloomberg). Le ralentissement de cette progression reste donc peu probable et nous portons une vue constructive sur le secteur qui, à nos yeux, pourrait être le plus grand bénéficiaire de la transformation de notre économie.

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