Gerard Lopez attaque le Wort pour diffamation

11 Septembre 2017 Par Camille Frati et Thierry Raizer
Gerard Lopez
Gerard Lopez réclame le retrait de l’article et des dédommagements financiers.
(Photo: archives paperJam)

Pour défendre sa réputation, l’homme d’affaires a assigné le quotidien du groupe Saint-Paul en justice suite à un article concernant l’affaire du fonds malaisien 1MDB.

Voir un média attaqué en justice est un fait relativement rare au Luxembourg. L’affaire n’a pas fait l’objet d’échos jusqu’ici, tant du côté du plaignant que dans les colonnes du journal concerné, le Wort, mais Gerard Lopez est visiblement sorti de la réserve qu’il affiche habituellement à l’égard de la presse. Suite à un article intitulé «Les liaisons dangereuses de Gerard Lopez», paru dans le Luxemburger Wort le 28 octobre 2016, l’homme d’affaires a choisi d’intenter une triple action en justice contre l’auteur de l’article et les responsables du journal.

Selon les informations de Paperjam.lu, Gerard Lopez a entamé trois actions: une en France, une en Suisse et une au Luxembourg.

C’est en janvier 2017, faute de réponse à son courrier recommandé du 28 novembre 2016, que l’homme d’affaires a assigné le groupe Saint-Paul, éditeur du site internet Wort.lu, les directeurs de la publication, Jean-Lou Siweck (rédacteur en chef du Wort) et Paul Peckels (directeur de la maison d’édition Saint-Paul), ainsi que le journaliste et ancien collègue de Paperjam Pierre Sorlut après constatation de la présence de l’article sur le site internet Wort.lu et dans l’édition papier du Wort datée du 28 octobre 2016.

Une présentation «volontairement déformée»

«Ces propos et la teneur de l’article sont de nature diffamatoire», indique l’assignation en justice que Paperjam.lu a pu se procurer. «Par cette articulation pernicieuse et une présentation volontairement déformée d’éléments factuels, monsieur Gerard Lopez est désigné comme ayant profité ou tenté de profiter, par l’intermédiaire de ses sociétés, de fonds publics détournés en Malaisie, respectivement par messieurs Tarek Obaid et Jho Low, à tel point que ses investisseurs traditionnels ne souhaiteraient plus poursuivre leurs projets avec lui», mentionne l’assignation.

Cet article couvrant le scandale de corruption entourant le fonds souverain malaisien 1MDB détaille les relations qu’aurait entretenues M. Lopez avec l’homme d’affaires d’origine saoudienne Tarek Obaid, cofondateur et CEO de la société Petrosaudi active dans l’exploration et la production d’or noir. Une société qui aurait joué un rôle dans la disparition de centaines de millions d’euros du fonds 1MDB.

D’après l’article du Wort, Gerard Lopez aurait «bénéficié indirectement de la manne malaisienne», notamment à travers un investissement de Tarek Obaid dans l’entreprise Zink détenue aux deux tiers par Mangrove Capital Partners, la société d’investissement cofondée par Gerard Lopez.

Le retrait de l’article réclamé

Des éléments qui amènent l’homme d’affaires à mettre en cause la responsabilité civile de l’auteur de l’article et des directeurs de la publication. Arguant du préjudice causé à sa réputation au Luxembourg, mais aussi en France et en Suisse où son nom est également connu et où l’article a pu être lu et compris puisqu’il est rédigé en français, M. Lopez demande à la justice de condamner le journaliste et ses éditeurs pour diffamation publique.

Il réclame, en réparation du préjudice subi, la somme de 200.000 euros devant la justice luxembourgeoise et de 150.000 euros devant la justice française, ainsi que le retrait de l’article litigieux, la publication du jugement et le paiement de ses frais de justice à hauteur de 15.000 euros devant chacune des juridictions saisies. Nous n’avons pas été en mesure de connaître le montant réclamé en Suisse.

Une action «justifiée»

Contacté par Paperjam.lu pour connaître la motivation du recours à une action en justice, le porte-parole de Gerard Lopez indique que «le journal Luxemburger Wort a cru devoir mettre gravement en cause monsieur Gerard Lopez dans un article publié et diffusé largement par ce média en octobre dernier sous la plume de son journaliste Pierre Sorlut. Cet article a normalement justifié que monsieur Gerard Lopez réagisse et fasse valoir ses droits devant les juridictions compétentes en vue d’obtenir la réparation de son préjudice au regard des allégations diffamatoires que cet article contenait. Depuis lors, il apparaît d’ailleurs que le journaliste à l’origine de cet article a lui-même récemment judiciairement admis qu’«à aucun moment, monsieur Lopez avait connaissance de l’origine des fonds, ni même qu’il a participé à la fraude» (sic) alléguée dans son article concernant la gestion du fonds malaisien 1MDB, alors qu’il l’avait publiquement mis en cause. Ceci confirme le caractère parfaitement bien fondé de ces actions.»

La citation du journaliste mentionnée par le porte-parole de Gerard Lopez n'a pas été confirmée par l'autre partie. Contactée par Paperjam.lu lundi, la direction du Luxemburger Wort n’avait pas souhaité commenter cette affaire. Elle a toutefois mis en ligne mardi matin un article expliquant la nature de la plainte - une «triple action qui est principalement destinée à intimider une presse qui ne fait que son travail» -, et dans lequel elle «confirme sa confiance dans la qualité journalistique de l’article controversé alors que celui-ci est le fruit d’une recherche sérieuse et approfondie sur le sujet».

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