Franz Fayot: «S’écarter des niches fiscales»

11 Mai 2018 Interviewé par Laurent Moyse
Franz Fayot
Franz Fayot: «Nous devons concentrer notre communication sur le fait que nous sommes un pays plurilingue, ouvert, cosmopolite, idéalement situé en Europe, avec un grand savoir-faire pour de nombreux produits.»
(Photo: Nader Ghavami)

L’importance du secteur financier, et particulièrement des fonds d’investissement, ne souffre d’aucune discussion dans la classe politique. À quelques différences près, on retrouve les mêmes accents ou préoccupations au sein des quatre grands partis. Franz Fayot du LSAP s’exprime sur le sujet.

Monsieur Fayot, comment votre parti se positionne-t-il à l’égard de la place financière et en particulier de l’industrie des fonds? 

«Quand on sait qu’environ 40% des recettes dérivent directement ou indirectement de la place financière, celle-ci est une réalité qu’on ne peut ignorer. Nous observons son développement de manière critique. Elle s’est développée avec le private banking et le secret bancaire, ce qui ne nous a pas apporté que des bonnes choses en termes de réputation. Mais la place financière est en train d’évoluer. Quant à l’industrie des fonds, fleuron de la Place luxembourgeoise, nous la voyons d’un œil positif. Cette histoire à succès a commencé en 1988 avec la directive Ucits que nous avons transposée rapidement. Les Ucits sont un produit d’exportation qui fonctionne bien. L’industrie des fonds est quasiment dépourvue de scandale et était résiliente pendant la crise financière. Pour nous, c’est l’exemple de l’instrument que notre place financière doit continuer à résolument promouvoir.

Comment envisagez-vous l’avenir de ce secteur au Luxembourg? 

«Un avenir plutôt positif: certaines industries comme celle des fonds sont toujours vigoureuses et se développent bien, d’autres sont en mutation. Et l’on doit s’interroger sur la valeur ajoutée que l’on peut encore apporter au client en matière de private banking lorsque ce n’est pas pour faire de l’optimisation ou de l’évasion fiscale avec des structures complexes. Si la politique actuelle de diversification de notre économie porte ses fruits, celle-ci sera moins dépendante d’un seul secteur. La place financière doit se concentrer sur les industries durables et les fintech, et développer son savoir-faire dans ces domaines.

Comment la place financière doit-elle se positionner vis-à-vis des ICO? 

«Nous ne sommes pas fondamentalement «anti-tech», notamment en ce qui concerne la technologie blockchain, qui recèle beaucoup de potentiel. Par contre, pour les monnaies virtuelles, on observe un phénomène spéculatif, une grande volatilité et un risque important combiné à une promesse de profits d’une bulle financière classique. Les cours qui montent ont un pouvoir d’appel pour les petits épargnants, qui risquent de perdre tout leur argent. Aussi, les avertissements de la CSSF sont absolument justifiés, tant pour les monnaies virtuelles que pour les ICO. En l’état actuel des choses, nous sommes sur la même ligne qu’elle.

La concurrence fiscale n’est pas un phénomène vertueux.

Franz Fayot, LSAP

Faut-il revoir la stratégie de la promotion des fonds et de la place financière? 

«Nous devons bien réfléchir au message que nous voulons diffuser. Pendant longtemps, le développement de la place financière était tel que nous avons mis en avant l’environnement libéral que le législateur accompagnait et favorisait activement. Nous savons que les attraits fiscaux sont perçus aujourd’hui de manière très critique sur le plan international. La même chose vaut pour l’arbitrage réglementaire. Nous devons concentrer notre communication sur le fait que nous sommes un pays plurilingue, ouvert, cosmopolite, idéalement situé en Europe, avec un grand savoir-faire pour de nombreux produits. Il faut faire abstraction des niches fiscales et cesser de considérer la CSSF comme une agence de promotion, ce qu’elle n’est plus. 

Que peut espérer le Luxembourg dans le cadre du Brexit? 

«Des compagnies d’assurances ont décidé de s’établir ici parce qu’elles disent apprécier le fait que le Luxembourg dispose d’un régulateur proactif et réactif, spécialisé dans les opérations d’assurance, à la différence d’autres pays qui ont un régulateur global pour l’ensemble de la place financière. Dans le domaine de la gestion des actifs, plutôt que de nouveaux acteurs, ce sont surtout des gestionnaires déjà établis au Luxembourg qui renforcent leur présence. D’un point de vue politique, le Brexit est un scénario perdant-perdant, car la place financière de Londres était toujours notre alliée dans les discussions européennes et représente un marché d’exportation important pour nos services financiers. 

Faut-il revoir le cadre fiscal et réglementaire pour être compétitif vis-à-vis d’autres centres?

«Fondamentalement, du point de vue du LSAP, la concurrence fiscale n’est pas un phénomène vertueux, car on essaie de manière un peu artificielle de se procurer des avantages par rapport à d’autres pays, avec des conséquences pas toujours heureuses. C’est pourquoi nous pensons qu’il faut éviter de prendre cette direction, d’autant plus que lors de la dernière réforme fiscale, nous avons abaissé les taux de l’IRC. Nous devons mettre d’autres avantages en vitrine. Il n’est jamais bon de participer au nivellement par le bas (race to the bottom).»

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