Faut-il céder au pessimisme des marchés financiers?

19 Juillet 2018 Par Bertrand Schmeler (CBP Quilvest)
Bertrand Schmeler, senior vice president private banking chez CBP Quilvest.
Bertrand Schmeler, senior vice president private banking chez CBP Quilvest.
(Photo: paperJam/Archives)

Les performances des marchés financiers mondiaux ont été décevantes au cours du premier semestre. À l’exception des valeurs technologiques – principalement américaines –, la plupart des indices boursiers mondiaux affichent une performance nulle, voire négative, depuis le début de l’année.

Quant aux indices obligataires, ils n’ont pas joué leur rôle habituel de valeur refuge et ont souffert des relèvements de taux de la Réserve fédérale américaine.

Les investisseurs européens ont également subi les résurgences du risque géopolitique suite aux élections italiennes: la forte remontée des taux en Italie faisant corriger par contagion les marchés de crédit et les valeurs financières européennes.

Les risques se sont en effet multipliés au cours de la première moitié de l’année: montée des craintes liées à une guerre commerciale, menée par une administration américaine résolument protectionniste, et dont les réelles ambitions sont à ce jour peu lisibles, fin des politiques accommodantes des banques centrales (celles-là mêmes qui ont dopé les marchés au cours des dernières années), ralentissement de l’économie chinoise (un des principaux moteurs de la croissance mondiale), hausse des prix du pétrole… La liste semble si longue qu’elle laisserait entrevoir des corrections de marché plus prononcées. Faut-il pour autant céder au pessimisme? 

Un positionnement trop pessimiste des investisseurs

Notre lecture des indicateurs macroéconomiques, de l’attitude des investisseurs, des indicateurs de confiance et des valorisations des principaux marchés nous invite à conclure que les investisseurs sont positionnés de façon trop pessimiste par rapport à la deuxième moitié de l’année. Certes, les probabilités que les tensions commerciales dégénèrent en un conflit mondial (USA-Chine-Union européenne) ne sont par définition jamais nulles. Toutefois, la moindre accalmie sur ce front conduirait à un retour assez marqué de la confiance sur les marchés.

L’administration américaine mène les négociations comme elle en a l’habitude, en ‘tirant’ la première.

Bertrand Schmeler, senior vice president private banking chez CBP Quilvest

L’administration américaine mène les négociations comme elle en a l’habitude, en «tirant» la première; les menaces qu’elle met en avant pourraient se retourner contre elle, l’administration chinoise notamment bénéficiant de nombreuses armes pour se défendre; la Chine vient d’ailleurs d’orchestrer une dévaluation de sa monnaie par rapport au dollar US, dans un premier signe de fermeté.

Une croissance mondiale qui reste soutenue

Par ailleurs, malgré un léger ralentissement temporaire en Europe et une pression accrue sur quelques pays émergents dont la situation financière est fragile (Argentine, Turquie…), la croissance mondiale reste soutenue. Les indicateurs de confiance des consommateurs soutenue par la baisse du chômage et celle des industriels restent bien orientés; tous deux plaident en faveur d’une tendance positive bien au-delà de la mi-2019.

On comprend, à la lecture des marchés, que les ajustements à la hausse des rendements obligataires seront très lents et graduels.

Bertrand Schmeler, senior vice president private banking chez CBP Quilvest

Dans ce contexte, les résultats des entreprises restent très bien orientés; même si la croissance des bénéfices n’atteindra pas les sommets de 2017, elle demeure sur des bases solides et a pour conséquence de rendre les valorisations des marchés actions (rapport: cours/bénéfice) plus attractives qu’en début d’année. 

Enfin, si les banques centrales sont déterminées à mettre fin à leurs politiques ultra-accommodantes, on comprend, à la lecture des marchés, que les ajustements à la hausse des rendements obligataires seront très lents et graduels. En témoigne une courbe de taux américaine qui ne cesse de s’aplatir depuis le début de l’année (hausse des taux courts plus rapide que celle des taux longs) et qui pourrait s’inverser en 2019.

Volatilité et «effet rendement»

La conjonction d’une croissance robuste, du maintien des taux longs à des niveaux relativement bas, des valorisations qui s’améliorent et des investisseurs devenus trop pessimistes à court terme nous incitent à adopter un positionnement plus optimiste qu’en début d’année, en privilégiant un rebond au cours du deuxième semestre. Certes, le potentiel de hausse dépendra d’une accalmie sur le front des négociations commerciales, mais il apparaît aujourd’hui comme étant attractif.

Nous continuons de privilégier les actions des marchés européens, les marchés émergents d’Asie, le crédit européen rendu plus attractif par les récentes corrections et la perspective de taux durablement bas en Europe. La volatilité actuelle des marchés continue à nous inciter à bénéficier de «l’effet rendement» des produits structurés, et la disparité des performances – sectorielle et géographique – profite aux gérants d’actions «long/short».

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