«Entre amis, on doit pouvoir tout se dire»

13 Mars 2018 Par Jean-Michel Hennebert
Pour Pierre Moscovici, «ne pas être un paradis fiscal et être parfaitement conforme en matière de fiscalité sont deux choses différentes».
(Photo: Commission Européenne)

Près d’une semaine après avoir critiqué les pratiques de «planification fiscale agressive» du Grand-Duché, le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires détaille sa position. Et assure que «le Luxembourg a fait des progrès».

La publication, mercredi dernier, de l’analyse de la Commission sur l’état de santé du Luxembourg a fait couler beaucoup d’encre. Non pas tant sur le fond que sur la forme, Pierre Moscovici évoquant la «planification fiscale agressive» en place dans sept pays de l’UE, dont le Luxembourg. Une formulation qui avait fait bondir le gouvernement, que ce soit le Premier ministre Xavier Bettel ou le ministre des Finances, Pierre Gramegna.

Près d’une semaine après, le commissaire européen revient sur cet épisode, dans une interview accordée à nos confrères du Wort. Assurant «n’avoir épinglé personne», Pierre Moscovici réaffirme les propos qu’il tenait au cours de la semaine écoulée sur les réseaux sociaux et indique «être un surpris de l’indignation de mes amis luxembourgeois» puisque «le rapport avait été envoyé le 30 janvier». Si le Français répète ne pas avoir dit «que rien n’a été fait» et que «le Luxembourg a fait des progrès, à commencer par l’échange automatique d’informations, la directive anti-évasion fiscale et l’application des mesures Beps», il réaffirme qu’«il reste encore des progrès à faire». 

Jean-Claude Juncker est totalement solidaire.

Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires

Interrogé sur une éventuelle qualification du Grand-Duché comme paradis fiscal, le commissaire européen a assuré qu’«il n’y a pas de paradis fiscal au sein de l’Union européenne», mais introduit une nuance en estimant que «ne pas être un paradis fiscal et être parfaitement conforme en matière de fiscalité sont deux choses différentes». Se défendant de toute «croisade personnelle», Pierre Moscovici juge que le rapport présenté la semaine passée répond à «une démarche complètement neutre et objective d’un problème commun qu’il faut traiter de manière commune», car «nos citoyens ne supportent plus que les multinationales ne paient pas leur part de l’impôt».

Alors que le gouvernement luxembourgeois avance l’argument du «level playing field» pour conserver l’attractivité du pays, la Commission européenne affiche son ambition «d’être les leaders mondiaux» et de «ne pas être à la traîne», raison pour laquelle «nous ne pouvons pas caler notre train sur l’OCDE et accepter d’être ralentis par d’autres partenaires non européens». Une vue des choses pour laquelle Jean-Claude Juncker, président de la Commission, serait «totalement solidaire». En conclusion, Pierre Moscovici estime que «les désaccords sont une chose, les procès d’intention en sont une autre» et qu’«entre amis, on doit pouvoir tout se dire, sans tabous et sans fausse pudeur».

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