Des Premiers ministres d’un soir

14 Juin 2018 Par Ioanna Schimizzi
Les six «formateurs» ont échangé avec le public sur les projets présentés.
Les six «formateurs» ont échangé avec le public sur les projets présentés.
(Photo: Matic Zorman)

La première édition de l’événement «Si j’étais formateur du gouvernement» s’est tenue hier soir. La Fondation Idea avait réuni six personnalités de la société civile qui ont chacune présenté un projet qu’il ou elle mettrait en place s’il/elle était nommé(e) Premier(e) ministre.

Six personnalités, six minutes chacune, un projet. C’était le concept de «Si j’étais formateur du gouvernement», événement organisé par la Fondation Idea, et qui a eu lieu pour sa première édition hier soir à la House of Start-ups.

Le concept? «Les participants devaient présenter un projet qu’ils mettraient en place s’ils étaient nommés à la fonction de Premier ministre par le Grand-Duc après les élections législatives du 14 octobre prochain», a rappelé Michel-Edouard Ruben, économiste au sein du think thank et animateur le temps de la soirée.

Le don d’organe, «un sujet majeur»

Les six personnes qui avaient été retenues par la Fondation Idea venaient de tous horizons et étaient de tous âges: Tullio Forgiarini, auteur et professeur; Ben Stemper, secrétaire général du Jugendparlament; Rolf Tarrach, président de l’European University Association; Gaston Vogel, avocat; Agnieszka Zajac, managing partner chez Odgers Berndtson et Laura Zuccoli, présidente de l’Asti.

Parmi les projets d’un soir, Ben Stemper a mis en avant le don d’organes et le don du sang, «qu’il faudrait fortement encourager, et faciliter. Il faut élargir les horaires des lieux de collecte de dons du sang, et qu’ils soient ouverts les samedis, pour que les travailleurs puissent y accéder», appuie le jeune homme.

Des «vrais» candidats dans la salle

«Le don d’organe est beaucoup trop faible au Luxembourg (61% des Luxembourgeois n’ont pas de carte de don d’organes, et ils sont 43% à ne pas prendre position sur cette question, selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, ndlr). Il faut inverser cette tendance, faire comprendre aux résidents l’importance de se prononcer, et que cela peut réellement sauver des vies tous les jours».

Une proposition qui a notamment trouvé écho auprès de Corinne Cahen, justement candidate et tête de liste sur la circonscription Centre pour le DP – dont elle est la présidente – aux législatives d’octobre, présente hier dans le public. «Je suis venue pour écouter les propositions et les idées, j’ai adhéré à certaines», a-t-elle expliqué à la sortie de la salle.

Amir Vesali, jeune candidat de la liste LSAP pour le Nord, était également présent parmi la centaine de personnes qui avaient fait le déplacement.

L’obligation du droit de vote pour les étrangers 

Concernant le don d’organes et du sang, «c’est un sujet qui nous tient particulièrement à cœur, également auprès des jeunes démocrates», poursuit Corinne Cahen. «Je pense que tous les Luxembourgeois devraient être d’office inscrits sur les listes des donneurs d’organes, sauf s’ils se sont prononcés clairement contre.» 

Ce qui est, en théorie, déjà le cas depuis 1982 au Grand-Duché avec une loi «qui stipule que chaque résident est un donneur potentiel d’organes, c’est-à-dire que les organes et tissus peuvent être prélevés après le décès de toute personne n’ayant pas, de son vivant, fait connaître, par écrit, son refus à un tel prélèvement». Mais en pratique, les médecins demandent souvent l’accord de la famille du défunt.

L’idée n’était pas de revenir sur le référendum de 2015, mais d’avancer sur les choses qui existent déjà.

Laura Zuccoli, présidente de l’Asti

Parmi les autres projets présentés, Laura Zuccoli s’est intéressée au droit de vote des étrangers. «L’idée n’était pas de revenir sur le référendum de 2015, mais d’avancer sur les choses qui existent déjà. Les étrangers ont le droit de voter aux élections communales et européennes (s’il est ressortissant citoyen de l’UE, ndlr). Mais ils doivent s’inscrire sur les listes électorales.»

(Photo: Matic Zorman)(Photo: Matic Zorman)

«Non à la longévité des députés»

La présidente de l’Asti (Association de soutien aux travailleurs immigrés) propose que, «de la même manière que pour les Luxembourgeois, les étrangers résidents soient inscrits d’office et aient l’obligation de voter. Cela changerait les choses, et permettrait de mener une politique plus réelle, et plus représentative des résidents.»

Rolf Tarrach a lui proposé que «les candidats ne puissent pas enchaîner plus de deux mandats. Nous avons des députés qui sont dans le paysage politique depuis 15-20 ans, c’est beaucoup trop.»

Pour l’ancien recteur de l’Université du Luxembourg, «les députés consacrent leurs mandats à être réélus, ils mettent en place des projets sur le court-terme afin d’avoir des résultats rapidement. Après deux mandats, ils ne pourraient plus se porter candidat, cela leur permettrait de se mettre à jour dans la société, et revenir sur les listes électorales après une pause de cinq ans.»

20 minutes de lecture par jour

Agnieszka Zajac, au Luxembourg depuis 15 ans, est revenue sur le décrochage scolaire. «Au Luxembourg, il concerne 11,6% des enfants de 14 à 18 ans, et 40% d’entre eux se tournent vers les écoles privées ou l’étranger.»

«C’est un chiffre très important par rapport à certains pays comme la Pologne d’où je suis originaire, où le décrochage scolaire est de 4,5%». Agnieszka Zajac propose donc «d’avoir une école plus centrée sur l’apprentissage d’une seule langue. Aujourd’hui, 50% des matières enseignées au Grand-Duché sont des langues, c’est beaucoup trop.»

Il faudrait que l’on se dise ‘Ah le Luxembourg? Ce petit pays riche où les gens lisent des livres?’ Plutôt que ‘là où il y a beaucoup de banques’

Tullio Forgiarini, auteur luxembourgeois

L’indépendance de la justice

«Mon projet est très facile, réalisable, et peu coûteux», a débuté Tullio Forgiarini. «Le but est très simple, enrichir la seule richesse qui reste au Luxembourg: la matière grise.» L’écrivain a donc proposé l’idée de consacrer 20 minutes par jour à la lecture, de n’importe quel livre, mais la condition est qu’il n’ait aucun lien avec son travail. «Il faudrait que l’on se dise ‘Ah le Luxembourg? Ce petit pays riche où les gens lisent des livres?’ Plutôt que ‘là où il y a beaucoup de banques.’»

Gaston Vogel, de son côté, est revenu sur sa marotte qu’il essaime depuis de nombreuses années: l’indépendance de la justice, et notamment «les couples magistrats/avocats, il faut arrêter avec ça! Les délais sont beaucoup trop longs également, la Cour d’appel statue bien trop tard.»

Une soirée qui a permis à ces formateurs du gouvernement d’un soir d’exprimer leurs idées et d’échanger avec le public présent. Reste à savoir si quelques-unes d’entre elles émergeront des programmes des «vrais» candidats aux législatives. Réponse dans quelques mois.

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