Des marchés actions en baisse cette année?

Bertrand Schmeler CBP Quilvest
Sommes-nous condamnés à subir une baisse des marchés actions cette année? Rien n’est moins sûr.
(Photo: CBP Quilvest)

Les marchés boursiers mondiaux ont enregistré une performance décevante au cours du premier trimestre 2018: -5% en moyenne pour les indices européens, -2% pour les marchés américains. Seuls quelques indices des pays émergents tels que le Brésil ou la Russie ont pu afficher des performances positives, reflétant toutefois des situations isolées.

La baisse des marchés s’est effectuée en deux temps. D’abord en janvier, par crainte d’une surchauffe de la croissance économique américaine: à l’heure du plein-emploi aux États-Unis et d’une politique économique ultra-accommodante (réforme fiscale de Donald Trump), des chiffres de hausse de prix supérieurs aux attentes ont fait craindre un retour de l’inflation et provoqué une forte remontée des taux d’emprunt d’État US: passant de 2,4% fin 2017 à près de 3% en à peine plus d’un mois, les taux à 10 ans ont provoqué une correction des marchés boursiers, rendus vulnérables par une hausse spectaculaire fin 2017. Après une période d’accalmie en février, les marchés ont subi une deuxième vague de baisse début mars, sous l’effet de mesures protectionnistes de l’administration Trump: envers le Mexique et le Canada (dans un contexte de renégociations au sein du Nafta), puis envers l’Europe et la Chine; les investisseurs craignant que ces mesures n’entraînent un ralentissement marqué du commerce mondial. Cette correction des indices actions a toutefois été accompagnée par un mouvement de détente des taux longs.

Nous restons dans un contexte d’inflation largement maîtrisée, où les pressions déflationnistes restent fortes.

Bertrand Schmeler, CBP Quilvest

Sommes-nous condamnés à subir une baisse des marchés actions cette année? Rien n’est moins sûr. Quatre points-clés seront déterminants et dicteront l’évolution des indices dans les semaines qui viennent.

Par ordre d’importance, il conviendra de surveiller tout d’abord l’activité macro-économique mondiale. Selon notre analyse, nous restons dans un contexte d’inflation largement maîtrisée, où les pressions déflationnistes restent fortes (absence de pression sur les salaires, impacts positifs des gains de productivité liés à la technologie, prix des matières premières stables…); aussi, les pics d’inflation qui peuvent être observés nous paraissent être temporaires. Dans un environnement de reprise économique synchronisée, où toutes les grandes zones du monde affichent une croissance saine, le contexte macro-économique reste un facteur de soutien important aux marchés: il faudra ainsi rester attentif au maintien de ce contexte de croissance maîtrisée et non-inflationniste.

Les banques centrales semblent partager ce point de vue, étant soucieuses d’accompagner la reprise et de rester volontairement en retrait par rapport aux risques d’un retour potentiel de l’inflation: ces politiques volontairement accommodantes, impliquant des taux d’intérêt plus bas qu’à la normale, constituent le deuxième facteur essentiel de soutien aux marchés.

Le troisième support important provient des résultats des entreprises et a été ignoré par le marché au cours du 1er trimestre: comme l’indique le graphique ci-joint, les prévisions de résultats des entreprises ont continué d’être révisées à la hausse depuis fin 2017, alors même que les indices boursiers baissaient. Ce double phénomène a eu pour effet de corriger en grande partie la relative cherté des marchés (notamment US) et le sentiment d’euphorie qui prédominait fin 2017. Nous observerons avec intérêt la publication des résultats du premier trimestre, qui pourraient ramener un sentiment plus positif.

La stabilisation des marchés devra passer par un apaisement du contexte géopolitique, particulièrement instable.

Bertrand Schmeler, CBP Quilvest

Enfin, la stabilisation des marchés devra passer par un apaisement du contexte géopolitique, particulièrement instable. Les investisseurs commencent toutefois à se familiariser avec la stratégie de négociation du président Trump, qui consiste à frapper fort en premier et à discuter ensuite… ils devraient ainsi accueillir positivement tout geste d’accalmie sur le front des négociations commerciales. Le risque lié à la Syrie et son lien épineux avec la Russie (dans un contexte diplomatique tendu avec cette dernière) sont également revenus récemment sur le devant de la scène, laissant craindre des frappes militaires.

Au total, deux des quatre points-clés, identifiés comme des facteurs de soutien aux marchés semblent se stabiliser. Le troisième devrait montrer des signes positifs dans les prochaines semaines et attirer l’attention des investisseurs. La bonne stratégie semble être de conserver des expositions relativement importantes sur les marchés d’actions et de profiter de toute correction liée aux incertitudes géopolitiques pour se renforcer: nous continuons à privilégier les valeurs européennes, notamment les moyennes capitalisations dont les résultats sont moins sensibles, la hausse de l’euro face au dollar, ainsi que les marchés émergents d’Asie, bénéficiant de la reprise mondiale.

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