Des bases incertaines

12 Mars 2018 Par Jonas Mercier
Pays en développement
Les conditions d’investissement à moyen terme dans les pays en développement sont très floues du fait des incertitudes politiques.
(Photo: DR)

Malgré la période faste que traverse la croissance mondiale, les vecteurs qui porteront l’économie luxembourgeoise et internationale dans les années à venir n’ont jamais été aussi difficiles à prévoir. Ce thème animera la prochaine Journée de l’économie.

Dans sa mise à jour des Perspectives de l’économie mondiale, publiée au mois de janvier, le Fonds monétaire international (FMI) a revu tous ses voyants à la hausse. Ainsi, ses estimations tablent sur une croissance du PIB global de 3,7% pour 2017, «soit 0,1 point de plus que ce qui était prévu à l’automne dernier, et 0,5% de plus qu’en 2016». L’avenir a également été appréhendé sous un jour meilleur, puisque la croissance pour 2018, comme pour 2019, est désormais estimée à 3,9%, soit 0,2 point de plus qu’auparavant. «La bonne nouvelle est que celle-ci est générée par 120 pays, qui représentent les trois quarts de l’économie mondiale, précisait quelques jours plus tard la directrice du FMI, Christine Lagarde. Ce qui veut dire qu’elle n’est pas seulement tirée par quelques émergents ou les pays développés, mais très largement répartie sur la planète.» Cet optimisme est le résultat d’«une dynamique de croissance plus forte et des effets attendus des modifications de la politique fiscale américaine qui ont été approuvées récemment», explique plus largement le FMI.

Mais quels seront les ressorts qui nourriront la croissance économique de demain? Une question complexe, qui sera abordée lors de la prochaine Journée de l’économie, dont Paperjam est partenaire. Les économistes du monde entier savent en tout cas que cette bonne santé pourrait être de courte durée. Trop d’incertitudes planent. Ainsi, un durcissement des conditions de financement mondiales par rapport à l’aisance actuelle, à court terme ou à plus long terme, constitue une «menace notable», selon le FMI. En parallèle, si les taux restent bas, les investisseurs à la recherche de rendements plus attractifs pourraient multiplier les placements dans des entreprises et des pays moins bien notés, augmentant les risques de krach sur le marché financier.

La politique comme maillon faible

Les nouvelles technologies sont, a priori, un vecteur solide de la croissance de demain. Il suffit de regarder l’appétence pour l’innovation de la Chine et de l’Inde, les deux économies qui connaissent les plus fortes croissances, pour le comprendre. Mais si les pays bon marché sont nombreux pour accueillir les usines nécessaires à la production de nouveaux appareils et composants électroniques, les conditions d’investissement à moyen terme restent floues. «Il n’a jamais tant existé d’incertitudes politiques au niveau mondial, note Christos Koulovatianos, professeur à l’Université du Luxembourg. Quand on s’essaie à prédire l’évolution de l’économie, les États-Unis constituent toujours une pièce majeure du raisonnement. Or, leur politique est actuellement imprévisible.» La situation n’est guère meilleure en Europe, qui connaît une très forte montée du populisme. Les résultats des récentes élections, comme en Autriche, aux Pays-Bas, ou en France, montrent que le risque de repli sur soi est bien réel. Le Brexit ajoute à ce tableau une autre preuve de la détérioration du contexte politique sur le Vieux Continent.

Dans les pays émergents, et plus particulièrement en Asie, les régimes politiques semblent relativement stables, mais les soulèvements de certaines classes de la population sont des scénarios déjà pris en compte par certains experts. «Le facteur politique est un paramètre central pour prévoir le futur de la croissance économique», ajoute Christos Koulovatianos.

Améliorer la redistribution

Au Luxembourg, les débats sur la croissance sont d’un autre ordre. Le principal enjeu n’est pas de la créer, mais de la maîtriser. Ces dernières années, elle s’est en effet clairement basée sur une hausse de la main-d’œuvre, plutôt que sur une amélioration de la productivité. Le rapport de Jeremy Rifkin sur la troisième révolution industrielle a posé les bases d’une réflexion profonde sur les ressorts qui devront nourrir la croissance économique de demain.

Pour François Mousel, partner chez PwC Luxembourg, il ne faut toutefois pas remettre en question l’ensemble du modèle actuel. Les défis posés par la pression démographique et l’afflux des frontaliers sont aussi dus à une certaine inertie dans l’agrandissement des infrastructures et à une innovation encore très timide au niveau de modèles alternatifs de mobilité.

«La structure de l’activité économique va encore fortement changer, et peut-être que dans 10 ou 15 ans, nous consommerons des services que nous n’imaginons pas aujourd’hui. La contrainte de ressources limitées encouragera l’innovation», explique-t-il. Au Grand-Duché comme ailleurs, la croissance pourrait par ailleurs être impactée par des facteurs sociaux. «Il faut prendre très au sérieux les questions de la redistribution des richesses, et plus particulièrement celle du patrimoine, sujet que l’on évite au Luxembourg, où le débat politique ne se focalise que sur les hauts revenus, ajoute François Mousel. Il existe là de vrais risques de conflits sociaux.» 

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Serge Allegrezza

10 Février 2018

Qualitative, sélective, soutenable, intelligente… Le public non averti s’y perd, il flaire l’enfumage. Pourtant, tous ces concepts ont un sens précis, ils peuvent se traduire statistiquement, ils représentent des leviers de politique économique. Ils éclairent la création de richesses dans un pays de plusieurs angles, ils supposent un rôle de l’État plus ou moins actif et des choix collectifs assumés.

Jeremy Rifkin

05 Février 2018

Le Luxembourg serait-il le premier pays au monde à vouloir délibérément freiner sa croissance? Ce débat est en haut de l’agenda politique, patronal et syndical en ce début d’année 2018, d’ores et déjà marqué par une campagne électorale bien avant son début officiel. Bien avant que les programmes n’aient été couchés sur papier.