Coup de jeune pour la trésorerie

03 Mai 2018 Par Camille Frati
Trésorerie
Comme le reste de la Place, la trésorerie se heurte toutefois à des difficultés de recrutement – l’Atel part même à la chasse dans les universités françaises et belges.
(Photo: Licence C.C.)

Avancées technologiques et mutations mondiales ont fait évoluer ce maillon mal connu de la Place en atout-clé pour son attractivité.

Moins valorisé que le directeur financier, le trésorier joue pourtant un rôle crucial au sein d’une entreprise. «Le trésorier est devenu le banquier interne de l’entreprise, compare François Masquelier, président de l’Atel, l’association professionnelle du secteur créée au Luxembourg en 1994. Il a un rôle à jouer dans la gestion de l’ensemble des risques financiers, collectant l’ensemble des paiements entrants et sortants, ce qui permet de gagner en efficacité et de diminuer les risques comme les coûts. Il endosse maintenant un rôle beaucoup plus stratégique que dans le passé.»

Une mutation héritée à la fois de la crise de 2008 «qui a complètement modifié les règles fiscales, notamment via Fatca et Mifid», souligne M. Masquelier, et d’un changement de braquet technologique. «Nous le sentons depuis trois ou quatre ans», confie M. Masquelier. «Le véritable accélérateur, à savoir la robotisation, date de 2017, estime de son côté Brice Lecoustey, associé chez EY responsable des activités de consultance et de trésorerie. Les tâches manuelles comme la réconciliation bancaire peuvent maintenant être traitées par des robots intelligents et les trésoriers se concentrent davantage sur l’analyse, la stratégie – des tâches qui requièrent plus de compétences.» Le développement de nouveaux algorithmes a également ouvert la possibilité de dresser des prévisions, d’anticiper l’évolution d’un cours de change ou de taux, ce qui relevait de la «science-fiction financière» auparavant, souligne M. Masquelier.

Cap sur les compétences

Une montée en gamme qui explique l’essor singulier de ce métier au Luxembourg. D’une cinquantaine de membres à sa création en 1994, l’Atel est passé à 350 environ cette année, comptant à la fois des membres corporate et des professionnels en leur nom. S’il manque une comptabilité précise de cette discrète communauté sur la Place, l’Atel estime à une dizaine le nombre de centres de trésorerie qui s’installent chaque année au Luxembourg, qu’il s’agisse de nouveaux acteurs ou non. «La première tendance sur le marché, c’est que les acteurs présents cherchent à renforcer leur substance et à continuer de grandir en intégrant d’autres activités», glisse M. Lecoustey. Avec des synergies toutes trouvées entre la trésorerie et les achats ou les flux logistiques.

Le plus grand défi est finalement d’attirer les talents au Luxembourg et de leur donner des compétences.

François Masquelier, président de l’Atel

Comme le reste de la Place, la trésorerie se heurte toutefois à des difficultés de recrutement – l’Atel part même à la chasse dans les universités françaises et belges. Et appelle à un changement de mentalité aussi au niveau des stratégies pour attirer des compétences au Luxembourg. «Aujourd’hui, la sophistication de la gestion de fonds, du secteur bancaire ou des activités corporate présente des similitudes, considère M. Masquelier. Le plus grand défi est finalement d’attirer les talents au Luxembourg et de leur donner des compétences, Singapour est très fort là-dessus.» 

C’est pourquoi le secteur de la trésorerie attend surtout, au delà de son intégration systématique dans les missions économiques et de promotion de la Place, des mesures en faveur de la reconversion ou de la mise à niveau de la main-d’œuvre du secteur financier. «Il faut casser l’image traditionnelle du Grand-Duché au profit d’une différenciation par les compétences», plaide Brice Lecoustey.

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