Au Luxembourg, les CEO ont confiance!

04 Avril 2017 Par Jean-Michel Gaudron
Laurent Probst PwC
Laurent Probst (PwC): «On n’est vraiment qu’au tout début de l’utilisation des nouvelles technologies.»
(Photo: Charles Caratini / archives)

Le volet luxembourgeois de la «CEO Survey» réalisée au niveau mondial par PwC montre un niveau de confiance bien plus élevé au Grand-Duché que dans le reste du monde.

Pour la première fois, le Luxembourg s’est «greffé» sur l’étude mondiale «CEO Survey» réalisée par PwC Luxembourg depuis 20 ans. Et cela en valait largement la peine au vu des résultats présentés ce mardi et qui montrent combien les dirigeants d’entreprise au Grand-Duché font preuve d’une très grande confiance.

Alors que l’étude mondiale (menée entre septembre et décembre auprès de 1.379 CEO de 79 pays) indique un taux de confiance de 38% des CEO dans la perspective d’une croissance de leurs entreprises au cours des 12 prochains mois, le chiffre pour le Luxembourg atteint 51%. L’enquête au Grand-Duché s’est faite en parallèle de l’étude mondiale et s’est étalée entre mars et décembre 2016 et a concerné 49 CEO, auxquels a été envoyé un questionnaire. Des entretiens individuels avec 11 dirigeants de clusters ont complété un dispositif. «Il s’agissait d’avoir une perspective sur les niveaux d’innovation et sur les nouveaux grands projets qui ont été récemment lancés ou qui vont l’être et, ainsi, avoir une bonne vision d’ensemble», explique Laurent Probst, economic development & innovation leader chez PwC Luxembourg.

L’écart se résorbe en revanche quand il s’agit d’évaluer une reprise économique dans le monde, puisque seuls 26% des CEO luxembourgeois tablent sur une telle embellie, contre 29% au niveau global. Quant à la croissance en Europe, elle n’est anticipée que par 16% des dirigeants au Luxembourg.

Le Brexit en filigrane

En revanche, sur un plan local, ils sont 53% à estimer que la croissance sera là en 2017 au Grand-Duché. «Les dirigeants d’entreprise sont, certes, optimistes, mais pas naïfs non plus, constate José-Benjamin Longrée, market leader chez PwC Luxembourg, qui a supervisé l’étude. Ils sont aussi conscients de quelques-uns des risques majeurs auxquels ils sont soumis, en particulier celui de la sur-réglementation (pour 95% d’entre eux!), l’incertitude géopolitique (91%) ou encore les cybermenaces (76%).» Ce dernier point, d’ailleurs, est bien plus présent dans les préoccupations des CEO au Luxembourg que dans le reste du monde (70%).

Les CEO luxembourgeois estiment qu’il est impératif de privilégier la rentabilité à long terme plutôt que le court terme.

José-Benjamin Longrée, PwC Luxembourg

Sans surprise, les incertitudes liées au Brexit tempèrent pour le moins l’enthousiasme général, d’autant plus que près des deux tiers des représentants du secteur financier interrogés sont présents en Grande-Bretagne, contre un peu plus d’un tiers pour les représentants du secteur non financier. Mais la Grande-Bretagne reste tout de même dans le Top 5 des partenaires économiques susceptibles de porter la croissance de l’économie luxembourgeoise. 35% des CEO interrogés le considèrent comme tel, devant l’Italie (23%) et les États-Unis (18%), mais derrière les trois pays frontaliers que sont la France et l’Allemagne (chacun pour 55% des répondants) et la Belgique (38%).

Responsabilité sociétale accrue

Au-delà de ces perspectives financières de croissance, l’étude met également en avant les aspects non financiers qui animent les dirigeants d’entreprise, à l’heure où la responsabilité sociétale fait partie intégrante des modèles économiques. Ainsi, 89% des CEO croient que le succès de leur entreprise est défini par davantage que les seuls profits financiers. «Les CEO luxembourgeois estiment qu’il est impératif de privilégier la rentabilité à long terme plutôt que le court terme», relève M. Longrée. «Il est frappant de voir à quel point cette thématique est très présente dans les organisations au Luxembourg. On pouvait penser qu’il s’agissait avant tout d’un discours de façade. Mais les réalisations concrètes sont là. Culturellement, le sujet est réellement bien présent dans les entreprises.»

Quant à l’aspect technologique, il est évidemment suivi de très près par les CEO qui y voient, avant tout, des opportunités de développement. «Cela est à mettre en perspective avec l’évolution des besoins des clients. L’enjeu réside dans la capacité à utiliser les nouvelles formes de technologies pour y parvenir», explique Laurent Probst. «Le premier élément que les dirigeants veulent mettre en place, ce sont des nouveaux outils CRM et les plateformes collaboratives sur internet.»

On ne pourra pas éternellement attirer des gens de l’étranger. Il faut pouvoir faire monter en puissance ceux qui sont déjà en place.

Laurent Probst, PwC Luxembourg

56% des dirigeants au Luxembourg estiment que les technologies peuvent contribuer à rencontrer les attentes des clients (contre 51% au niveau global). Mais a contrario, ils ne sont que 38% à revendiquer une utilisation des réseaux sociaux (contre 50% au niveau global).

Dans le même temps, les investissements en R&D sont moins élevés au Grand-Duché qu’au niveau mondial. «La marge de progression est encore énorme. On n’est vraiment qu’au tout début de l’utilisation de ces nouvelles technologies», tempère M. Probst.

Le volet «humain» sera évidemment prépondérant dans cette perspective. «On ne pourra pas éternellement attirer des gens de l’étranger. Il faut pouvoir faire monter en puissance ceux qui sont déjà en place», estime M. Probst. À l’heure actuelle, 24% des dirigeants d’entreprise au Luxembourg indiquent ne pas trouver, au Grand-Duché, les compétences requises. 

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