Accro à la croissance

12 Octobre 2017 Par François Aulner
Budget Chambre Wiseler
Selon Claude Wiseler, le budget présenté ce mercredi par Pierre Gramegna n’est ni responsable ni durable.
(Photo Mike Zenari)

Tandis que le gouvernement assure que les finances publiques sont saines et que le projet de budget pour 2018 est pour les prochaines générations, l’opposition critique un déficit budgétaire, malgré une croissance forte, dont l’État serait de plus en plus dépendant.

Sur un point, le CSV est bien d’accord avec le ministre des Finances: le projet de budget pour 2018 présenté ce mercredi par Pierre Gramegna (DP) serait bien un budget de la continuité. En revanche, le président de fraction du CSV, Claude Wiseler, nuance: «Il s’agit d’un budget de la continuité du déficit.»

En effet, l’approche comptable polarise: le ministère des Finances souligne régulièrement que les règles européennes prévoient une comptabilité des finances publiques dans leur globalité, donc l’État central, la sécurité sociale et les communes. Le CSV préfère lui soustraire la sécurité sociale et les communes.

Le prochain gouvernement doit tout de même pouvoir faire de la politique.

Claude Wiseler, président de fraction du CSV

Pierre Gramegna reconnaît qu’en 2018, les comptes publics de l’État central seront déficitaires à hauteur de 890 millions d’euros, mais il indique en revanche que d’ici 2021, le déficit serait divisé par 10. Preuve que la politique budgétaire fonctionnerait.

Une affirmation qui fait bien rire Claude Wiseler: «C’est tout de même un peu facile d’augmenter le déficit pendant toute la mandature alors que la croissance économique tourne autour de 5% et de dire que pendant la prochaine mandature le déficit va baisser.» Selon le président de fraction du CSV, cela ne laisserait plus de marge de manœuvre au prochain gouvernement.

Mauvais calcul

Par ailleurs, le ministre souligne que le déficit de l’État central serait dû à des investissements élevés pour encadrer la croissance. Un exercice que ses prédécesseurs auraient manqué au cours des dernières décennies. Claude Wiseler salue les investissements, mais constate «qu’exprimé en pourcentage du PIB, le niveau d’investissement n’est pas plus élevé que lors des trois dernières mandatures (1999-2005-2009-2013, ndlr)».

D’autre part, le chef de fraction du CSV souligne que le déficit ne serait pas dû uniquement aux investissements, mais aux «dépenses en général». Les mesures telles que la gratuité des livres scolaires, les iPads pour 6.000 élèves ou encore le congé parental sont «sympathiques», selon Claude Wiseler, mais en fin de compte, elles seraient financées par de la dette.

Dépendance

En justifiant le déficit budgétaire par une forte croissance démographique qui nécessite des investissements, le gouvernement actuel augmenterait la dépendance de l’État à la croissance économique, explique Claude Wiseler. Une dépendance qui selon lui devrait être financée par la dette.

Afin de briser ce cercle vicieux, il assure que le CSV ne mènerait pas cette politique «irresponsable et non durable». D’ailleurs, «si on ne fait pas de réserves en période de croissance, alors quand?»

AAA

Alors que le gouvernement se félicite régulièrement de la note «triple A», Claude Wiseler commente: «Ce serait tout de même le comble si le gouvernement perdait le triple A en période de croissance.» Et d’ajouter: «Toutes les occasions sont bonnes pour fêter.»

En ce qui concerne la déclaration du Premier ministre, Xavier Bettel, dans Paperjam, qu’en début de mandature (2013-2014) le Luxembourg aurait été sur le point de perdre la bonne note des agences de rating, le chef de fraction du CSV rappelle qu’en janvier 2013, Standard & Poor’s avait amélioré ses perspectives pour le Grand-Duché.

«Grâce à notre politique de sortie de crise et une gestion sérieuse, qui n’avaient rien à voir avec Xavier Bettel», conclut Claude Wiseler.

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