2007-2017: quel bilan pour la Place?

28 Juin 2017 Par Thierry Raizer
La Place doit profiter du momentum dans la sphère alternative, sur fond de dynamique dans le private equity, pointe le rapport de Deloitte.

Deloitte Luxembourg a retracé 10 ans d’évolution de la place financière dans un rapport qui vient de paraître. Le principal pilier de l’économie du pays a fait plus que résister, mais il doit réussir des transformations pour tirer un bilan semblable pour la prochaine décennie.

2007-2017. Dix ans se sont déjà écoulés depuis les prémices de la crise financière survenus à l’été 2007, avec les crises des subprimes, jusqu’au paroxysme que fut la faillite de la banque Lehman Brothers à l’automne 2008.

En 10 ans, qu’avons-nous appris de la crise? La Fondation Idea se posait récemment cette question à l’occasion d’un débat. En 10 ans, comment s’est comporté le secteur financier luxembourgeois? Quelles ont été les conséquences de ces événements sur le pilier majeur de l’économie nationale?

Deloitte Luxembourg apporte des réponses à ces questions et propose 11 pistes concrètes pour pérenniser le succès du secteur financier dans un rapport intitulé «From recovery to opportunity» et dont les conclusions sont partagées en avant-première sur Paperjam.

Diversification notable

Se basant sur des statistiques nationales et européennes, des données sectorielles (en provenance, notamment, des associations professionnelles), ses propres données, ainsi que sur la vue d’experts, Deloitte dresse un tableau plutôt positif du secteur financier en 2017.

«Nous avons remarqué que le secteur financier luxembourgeois a grandi 10 fois plus vite que ses pairs, avec une croissance moyenne de 3,7% depuis 2007», déclare Benjamin Collette, associé et financial services industry consulting leader chez Deloitte Luxembourg. «Le secteur financier reste le principal contributeur de l’économie avec 27% de la valeur ajoutée produite dans le pays. On ne peut toutefois plus parler d’hyperdépendance.»

Dédié au secteur financier, le rapport souligne néanmoins que le secteur non financier s’est développé plus vite que le secteur financier (avec 4,7% de croissance), signe des fruits de la politique de diversification économique du pays enclenchée par les gouvernements successifs.

+7.500 emplois, mais…

Autre enseignement, l’emploi dans le secteur financier a augmenté de 7.500 unités sur 10 ans, pour atteindre 46.000 équivalents temps plein en 2016. Soit 9% de la croissance de l’emploi sur cette période. Une donnée a priori encourageante qui cache cependant une hausse de l’emploi non proportionnelle à la croissance du secteur. Le rapport explique cette situation par un recours à l’outsourcing – des banques ont outsourcé certaines fonctions à l’étranger -, à l’automatisation ainsi qu’à la digitalisation.

Pour le budget de l’État, les taxes directes émanant du secteur financier ont augmenté de quelque 300 millions sur la décennie écoulée, passant de 1,4 à 1,7 milliard.

Pression, encore et toujours

«La productivité au sein du secteur financier a augmenté, mais les revenus et la profitabilité restent largement sous pression», ajoute Benjamin Collette. «Les secteurs des fonds et des assurances voient leur bénéfice augmenter alors qu’ils se réduisent dans les autres domaines.»

La gestion de la pression sur les profits, et en particulier la marge bénéficiaire (qui est passée de 30 à 25% sur la période dans les principaux métiers, selon l’étude), sera donc l’un des chantiers importants pour le futur du secteur, s’il veut maintenir son rang en Europe voire se positionner durablement comme centre financier de choix pour des services à valeur ajoutée orientés à l’international.

Face au coût de la réglementation et à la complexité des tâches demandées, Deloitte recommande dans ses 11 propositions d’avenir de recourir aux regtech ainsi qu’à l’outsourcing pour améliorer l’efficience.

«De gros investissements sont en vue autour de la gestion du KYC pour les activités du cœur du secteur», ajoute Benjamin Collette. «D’autres innovations concernent des activités plus éloignées, par exemple dans les paiements électroniques. Certaines d’entre elles pourraient toutefois être utilisées ou transposées pour le cœur des activités.»

Deloitte milite dès lors dans son rapport pour une approche d’innovation ouverte et d’utilisation de plateformes à l’échelle de la Place, mais aussi à destination de nouveaux entrants.

Secteur concentré, mais efficace

Son succès, le secteur financier le doit à une judicieuse exploitation des réglementations européennes - tant pour les Ucits que dans l’alternatif - ainsi qu’à une concentration autour de piliers forts: les fonds, le wealth management, la banque et l’assurance.

«Dans ces piliers, le Luxembourg a développé une infrastructure pour se faire vivre lui-même. Or, cette infrastructure doit s’ouvrir pour servir les clients dans le reste de l’Europe», pointe Benjamin Collette.

Nous devons positionner le Luxembourg comme centre mondial pour le private equity.

Benjamin Collette, Deloitte Luxembourg

Digitalisation, attirer les bons talents, défense de l’industrie Ucits… Les chantiers sont nombreux, selon le rapport de Deloitte. À l’instar d’autres acteurs du secteur, le cabinet a été une partie prenante dans le Haut Comité de la place financière instauré dans le sillage de la crise par le ministre des Finances de l’époque, Luc Frieden.

«Nous devons surcapitaliser sur l’arrivée d’acteurs du private equity», ajoute Benjamin Collette. «Cette tendance est actuellement unique au Luxembourg. Nous devons donc viser le même succès que dans les Ucits en positionnant le Luxembourg comme centre mondial pour le private equity, au moins pour l’Europe dans un premier temps.»

Pour justifier des coûts et des prix plus élevés, la Place luxembourgeoise devra démontrer la qualité de ses prestations. Et donc attirer ou former dans les entreprises les talents capables de les délivrer.

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