Trump à Washington, quelle interprétation pour les pays émergents?

17 Mai 2017
Jean-Philippe Donge, head of Fixed Income
Jean-Philippe Donge, head of Fixed Income.
(Photo: Banque de Luxembourg Investments)

Quel a été l’impact sur les marchés obligataires de l’annonce de la victoire de Trump sur Hillary Clinton? Avec le recul, comment interpréter la nouvelle orientation de la politique économique américaine?

Premières réactions des marchés

La matinée du 9 novembre 2016 aura été l’une des plus étranges que j’ai connues dans ma carrière. Avec la confirmation de l’avance de Donald Trump sur Hillary Clinton, les marchés asiatiques s’inscrivaient en forte baisse. L’indice HSI à Hong Kong perdait plus de 4%. Aux premières heures, le Nikkei reculait de 6%. Au fur et à mesure de la confirmation de la victoire de Trump dans les «swing states», les marchés semblaient s’inscrire dans le scénario du pire.

Néanmoins, les premières paroles de Trump se sont avérées plus pragmatiques que son discours de campagne. Le président élu a calmé les marchés d’entrée de jeu. Instantanément, les bourses asiatiques ont inversé leur tendance de la journée. Les marchés obligataires ont, eux aussi, changé de direction: en début de séance, dans la première demi-heure, le dix ans allemand voyait son rendement baisser de 10 points de base, traduisant la crainte des marchés en quête de valeurs refuges. Suite à l’intervention de Trump, les rendements ont fini par remonter pour clôturer quelques points de base plus haut par rapport au niveau de la veille. Pour ce qui est des pays émergents, l’un des principaux indices relatifs à la dette libellée en dollar a perdu 4,51% entre le 8 et le 30 novembre. Le Mexique, en ligne de mire des discours de campagne de Donald Trump, a vu sa monnaie reculer de 7,64% dans la seule journée du 9 novembre 2016.

Implications pour la politique économique américaine

Il est évident que les marchés ont été surpris par les premières paroles de Donald Trump, dont le ton a été plus conciliant que celui adopté durant la campagne. Dans les faits, deux principaux facteurs sont à considérer: i) les perspectives concernant le plan de relance budgétaire basé sur une réforme fiscale et ii) le protectionnisme américain, avec la remise en question de la politique commerciale des États-Unis, dont les accords de libre-échange nord-américain (ou NAFTA) et de partenariat transpacifique (ou TPP).

Durant les premiers mois suivant la victoire de Trump, il nous a été difficile d’évaluer avec précision les répercussions pour les pays émergents. De toute évidence, un risque identifié concernait l’accélération de la remontée d’une inflation déjà supérieure à 2% outre-Atlantique. La matérialisation de ce risque induisait un ajustement de la politique monétaire américaine, ce qui, à terme, allait finir par peser sur les marchés financiers. En effet, en décembre dernier, Janet Yellen avait confirmé que le rythme de hausse des taux devrait s’accélérer, du fait de la bonne santé de l’économie américaine. En mars, elle révisait ses perspectives de croissance pour 2018 de 2% à 2,1%. Suite à une deuxième hausse consécutive, le taux interbancaire américain au jour le jour se situe aujourd’hui dans la fourchette de 0,75% à 1%.

Conséquences pour les pays émergents

Sur les marchés obligataires, le rendement de l’emprunt de référence américain à 10 ans avait déjà entamé une remontée depuis le mois de juillet, moment où le plus bas de l’année avait été atteint à 1,35%. Il oscille autour des 2,4% à présent. Pour ce qui est des pays émergents, le phénomène observé est plus complexe. Après être remonté à 6% en novembre dernier, le rendement moyen de la dette externe des pays émergents tel qu’affiché par l’indice EMBI Global Diversified de JPMorgan n’a cessé de baisser. Aujourd’hui, il avoisine les 5,4%. De fait, sur la même période, le spread offert par rapport aux emprunts du Trésor américain s’est réduit pour passer de 380 points de base, en novembre, à près de 290 points de base dans la période récente.

Sur le plan économique, les pays émergents se sont finalement avérés être peu influencés par l’orientation attendue de la politique économique américaine, et ce d’autant plus que cette dernière demeure tributaire de l’approbation du Congrès. De fait, une centaine de jours après sa prestation de serment, le nouvel occupant de la Maison Blanche s’avère moins agressif que ce que nous aurions pu craindre (conflit avec l’aile dure du parti républicain sur la révision de l’Obamacare, absence d’accord sur le financement du mur à la frontière avec le Mexique, révision plutôt qu’abolition du NAFTA, etc.). Par ailleurs, dans l’ensemble, la croissance économique des pays émergents s’améliore. En particulier, le Brésil et la Russie confirment leur sortie de récession. Le FMI vient de réviser à la hausse ses perspectives de croissance pour l’économie mondiale qu’elle attend désormais à 3,5% pour 2017. Il n’en demeure pas moins que les dynamiques politiques et économiques locales influencent plus encore la direction empruntée par ces différentes économies: référendum en Turquie, contestations en Afrique du Sud, etc.

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