43e Midi de la microfinance sur la gestion des risques

18 Avril 2018
De gauche à droite: Yombo Odanou, Directeur général de la CECA au Togo; Philippe Gérard, consultant en banque et finance pour Talea Consulting Africa au Togo; et Luc Vandeweerd, conseiller à la direction chez ADA Luxembourg.
(Photo: Olivier Minaire)

Le coaching est un accélérateur de changement pour une institution de microfinance. Qu’elle soit face à des risques financiers, opérationnels ou même humains, cette approche s’avère très souvent bénéfique. C’est en tout cas ce qu’a permis de mettre en évidence ce 43e Midi de la microfinance dédié au coaching en gestion des risques, à travers le récit et l’expérience de Philippe Gérard, consultant reconnu dans le domaine bancaire en Europe, et Yombo Odanou, à la tête d’une institution de microfinance togolaise de près de 40.000 clients.

«La gestion des risques ne se limite pas au crédit»

Luc Vandeweerd, conseiller à la Direction de ADA également modérateur du débat, commence par poser le contexte en rappelant que «le Luxembourg s’impose parmi les premières places financières mondiales, avec une expertise connue et reconnue dans la gestion d’actifs». Un savoir qui s’exporte dans les pays du Sud pour venir en aide aux plus démunis. L’occasion également de préciser que plus de 50% des fonds d’investissement en microfinance sont aujourd’hui domiciliés au Grand-Duché.

Puis il demande à Yombo Odanou de préciser les raisons pour lesquelles il a fait appel au programme de coaching en gestion des risques développés par ATTF Services – House of Training, en collaboration avec ADA et ALRiM. D’après le Directeur général de la Coopérative d’Épargne et de Crédit des Artisans (CECA) au Togo, son institution de microfinance faisait face en 2015 à une dégradation du portefeuille de crédits qui menaçait la pérennité de son IMF, avec un taux de créances en souffrance avoisinant les 16%! Mais «la gestion des risques ne se limite pas au crédit», rappelle-t-il. «Il y a des répercussions bilatérales qui impactent également la gestion des ressources humaines et la trésorerie. Nous devions donc prendre en compte ces facteurs».

L’écoute et l’implication de l’ensemble des départements: les clés du succès

Le coaching a commencé par la mise en place d’un plan d’action pensé par Yombo Odanou, qui a pris le temps d’identifier clairement ses priorités. «Yombo a été le seul acteur de la mise en place de ce plan: mon rôle, plus complémentaire, consistait plutôt à le challenger, le questionner pour le pousser à trouver les bonnes solutions. Souvent, les Directeurs généraux sont des hommes seuls qui n’ont personne à qui parler. Le coaching leur permet d’avoir un interlocuteur avec qui ils prennent le temps de se poser les bonnes questions». A noter que le plan d’action est financé en intégralité par l’institution elle-même.

Si l’on en croit Philippe Gérard, le plus difficile dans le coaching est l’écoute active: «Il faut comprendre où sont les ressorts de l’action pour repérer la dynamique existante et s’en servir pour avancer». Il y a en Afrique un paradoxe, dans le sens où la culture est très solidaire, et en même temps, les différents départements d’une institution ont souvent du mal à se faire confiance. «La CECA était différente de ce que j’ai vu jusqu’à présent: il y avait un haut niveau de confiance entre tous les départements, permis grâce à la forte implication de Yombo et à sa personnalité enthousiaste. C’est un facteur certain qui a contribué à la réussite de ce coaching». Suite à quoi Yombo Odanou a précisé que «chaque acteur de l’institution contribue à l’atteinte du résultat». Pour ce faire, la CECA a mis en place un département de gestion des ressources humaines pour gérer au mieux ses agents de crédit et chefs d’agences disséminés aux sept coins du pays. «Depuis la mise en place de département, nous avons mis en place une politique de motivation qui met en compétition nos agents de crédits et chefs d’agences, dans le sens où chacun a des objectifs clairs et fait l’objet d’une évaluation régulière. Notre personnel est ainsi plus compétent, plus qualifié et plus stable».

«Un prêt en institution de microfinance est différent d’un prêt traditionnel en banque»

Habitué à coacher des banques, Philippe Gérard a observé une différence notable avec le coaching au niveau d’une institution de microfinance: «Il y a une tension perpétuelle à vouloir produire toujours plus, à produire du risque quand bien même la conjoncture n’est pas bonne. En microfinance, le microcrédit est la seule source de revenus, celle même qui fait vivre l’institution. Contrairement aux banques, la difficulté en microfinance consiste à trouver des liquidités pour octroyer des prêts, car on peut prêter uniquement l’argent dont on dispose. Quand il n’y a plus de fonds, il n’y a plus de fonds! ».

Le coaching a permis la création d’un département en gestion des risques

Au vu des données de l’exercice 2015 à 2017, un pas a été franchi au niveau de la CECA, en termes notamment de maîtrise des impayés, de croissance de l’activité des crédits et d’un management plus adapté. Après la période de coaching, de 2015 à 2016, l’institution de microfinance a instauré un département en gestion des risques piloté par un Comité de Direction. La CECA a depuis réduit ses créances en souffrance de plus de 60% et augmenté son crédit moyen de 14%, passant de 1.384€ fin 2015 à 1.582€ fin 2017. Au final, on peut dire que le coaching a apporté des changements bénéfiques au sein de la CECA. «La CECA peut se dire aujourd’hui qu’elle est fière de choix, ce fut une stratégie payante», conclue Yombo Odanou.

La rédaction a choisi pour vous